Napoléon Ier écrit au Roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, le 10 décembre 1804, huit jours après son couronnement comme Empereur : » Tout État fait la politique de sa géographie ». Rien n’a changé. Plus tard, un écrivain et humoriste américain, Mark Twain (1835-1910) écrira : » Dieu a créé la guerre pour que les Américains apprennent la géographie ». Il semble qu’il n’avait pas tort..!!

     On dirait en effet que le Président américain vient de découvrir le rôle stratégique des détroits. Ormuz aujourd’hui au bout du Golfe Persique par où passent 20% de la consommation mondiale de pétrole et de gaz liquéfié. Demain celui de Bab-al-Mandeb au bout de la Mer Rouge et au débouché du Canal de Suez. Les terroristes Houthis peuvent décider de le bloquer et la péninsule arabique sera coincée entre deux mers..!!

    Ce n’est pas la première fois que l’histoire connaît des conflits autour des détroits. Dès le VIIIème siècle, la conquête musulmane s’empare du détroit de Gibraltar comme point de départ pour envahir la péninsule ibérique. Bien plus tard, en 1805, la victoire anglaise de Trafalgar donne aux Anglais le contrôle de ce couloir de 58km de long et 14km de large. En 1940, Hitler a voulu s’emparer du Rocher mais Franco s’y est opposé.

    Les détroits du Bosphore et des Dardanelles ont très vite été au cœur de la guerre de l’Ukraine. Mais la Turquie a fait valoir l’article 19 de la Convention de Montreux du 20 juillet 1936 permettant de fermer les détroits aux navires de guerre des puissances belligérantes. Rappelons la bataille des Dardanelles de 1915 dans laquelle tant de marins bretons ont péri.

D’autres passages sont également sensibles. Ainsi les détroits danois de Skagevrak et Kattegat qui permettent de passer de la Mer Baltique à la Mer du Nord. Ils sont régis par le traité de Copenhague de 1857 qui confirme la liberté de navigation internationale. Mais pendant la guerre froide, ce fut un point de blocage pour empêcher la flotte soviétique de sortir. Si V.Poutine s’avise d’envahir l’Estonie, membre de l’OTAN, il risquerait de connaître le même blocage.

    Il y a d’autres détroits dangereux. Celui de Malacca en Asie qui relie l’Océan indien à la Mer de Chine. C’est un couloir de 800km qui se termine par un goulet de 2, 8km de large. 100000 navires y passent chaque année, représentant 25% du commerce mondial et assurant l’approvisionnement de l’Asie en pétrole. Si Malacca ferme, les économies de la Chine, du Japon, de la Corée du Sud seront vite asphyxiées. En cas d’intervention militaire chinoise sur Taïwan, la marine américaine et ses alliées peuvent bloquer ce passage..On parle déjà de « guerre de l’ombre » dans cette zone du monde en espérant qu’elle ne se transforme pas en « guerre du soleil » un jour..

Enfin, il y a le détroit de Béring, passage maritime entre la Russie et l’Amérique dans le Grand Nord de la planète. Deux îles séparent la Fédération russe et les Etats-Unis : Grande Diomède (russe) et Petite Diomède (américaine), à 3, 8km de distance. La zone est de plus en plus militarisée par les deux puissances. C’est une frontière géopolitique brûlante..

Napoléon n’avait pas tort. Un bon dirigeant politique doit consulter son atlas de géographie comme un bon officier militaire ses planches de cartographie…!!!

Bernard Poignant
7 avril 2026