Dans la langue française, trois mots ont la même racine qui lui vient du grec, polis qui signifie la cité : politesse pour les relations de respect entre les personnes, police pour garantir le bon ordre entre elles, politique pour arrêter le destin commun d’un groupe ou d’une nation. Il n’y a donc pas de société sans politique, même dans les régimes les plus exécrables.

C’est vrai sous la monarchie des Bourbons, pourtant sans vote, sans élection et aux libertés restreintes. Des salons tiennent lieu d’échanges politiques. Au siècle des Lumières, ils sont tenus par des femmes de la haute société, dites « salonnières ». On y critique même le pouvoir royal autour des Encyclopédistes Denis Diderot et Jean D’Alembert. Le salon de Mme Geoffroy a même aidé au financement de leur oeuvre. Celui de Mme Du Deffand reçoit la noblesse d’esprit libéral autour de Voltaire et Montesquieu. On ose y défendre le principe de la séparation des pouvoirs. Chez Mme De Lespinasse on remet en cause l’absolutisme royal et on parle de progrès social. Dans le salon de Mme Necker la conversation tourne autour de l’économie, de la gestion de l’Etat et de réformes fiscales. Enfin les salons de Mme de Condorcet et de Mme Roland sont plus audacieux jusqu’à devenir un foyer de la pensée républicaine radicale. Ces salons n’organisent pas la Révolution de 1789 mais préparent les esprits.

    La Révolution ouvre le temps des clubs. Le premier fut le club breton qui se réunissait au café Amaury à Versailles avant de devenir le club des Jacobins à Paris. Le XIXème siècle sera l’âge d’or de ces lieux de débat politique à chaque révolution qui ouvre des espaces de liberté. Avant 1830, la loi interdisant des réunions de plus de 20 personnes, il fallait se cacher. Le club appelé « Société des Amis du peuple » regroupera la jeunesse étudiante et républicaine et la « Société des Droits de l’Homme » sera un foyer d’agitation de la période. En 1848, la liberté de réunion devient totale. Le club de la révolution d’Armand Barbès prônera la République sociale et la Société républicaine d’Auguste Blanqui développera l’idée d’une prise de pouvoir par une minorité agissante. En 1871,  pendant la Commune de Paris, les églises sont réquisitionnées et les clubs s’y réunissent le soir après l’office. Ainsi du club des Prolétaires et du club de la Redoute où on débat d’autogestion et de laïcité.

Salons puis Clubs, le XXème siècle voit le triomphe des partis organisés et souvent aux adhérents nombreux. Le Parti radical voit le jour en 1901, le Parti socialiste en 1905, le Parti communiste en 1920. Il faut attendre après 1945 pour voir apparaître les grands partis de la droite et du centre. La démocratie chrétienne s’organise autour du MRP (Mouvement Républicain Populaire) créé en novembre 1944, le gaullisme autour du RPF (Rassemblement du Peuple Français) créé en avril 1947 avant que J.Chirac le relance par le RPR (Rassemblement Pour la République)créé en décembre 1976. V. Giscard d’Estaing crééra le Parti Républicain en mai 1977.

    Au XXIème siècle ces partis sont fatigués voire épuisés et souvent désertés. Des « Thinks tank » font vivre le débat politique. Celui-ci se développe sur les chaînes de télévision en continu et s’épanouit sur les réseaux sociaux, pour le meilleur et pour le pire. Arrive le temps de l’Intelligence Artificielle qui rédige des programmes et des discours à la place des candidats aux élections. La démocratie survivra-t-elle à la société numérique parce qu’elle repose d’abord sur la relation humaine.? Voilà un bon sujet pour les Instituts d’études politiques..

Bernard Poignant
11 mars 2026