Le projet de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle est disponible sur son site « Mélenchon2027 ». Il se décline en chapitres, précédés d’une introduction dont les auteurs sont Clémence Guetté, Hadrien Clouet et Jean-Luc Mélenchon lui-même. Il comprend 831 mesures toujours susceptibles d’évolution et d’apports nouveaux selon la méthode dite de participation citoyenne. De son côté le projet socialiste, intitulé « Vivre libres » comprend prés de 700 propositions. Total : environ 1500 rien que pour ces deux-là. Ces projets sont plus ministériels que présidentiels, chaque chapitre correspondant à un ministère. Il ne manque que les noms des titulaires…!!!
L’introduction développe ce qu’est la Nouvelle France, celle qui est chère au candidat. Elle constate que beaucoup de choses ont changé dans la vie des gens depuis le retour de De Gaulle en 1958. C’est vrai mais les Insoumis n’y sont pour rien. Il s’agit en réalité à leurs yeux de la créolisation de la France. Mais la démonstration frôle la confusion. Il est exact que de nombreux Français comptent un étranger parmi leurs quatre grands-parents. Le dernier rapport de l’INED, publié le 21 mai 2026, parle d’une société dans laquelle, si on remonte à trois générations, un tiers de nos compatriotes a un lien avec l’immigration. Cet Institut évoque une « hybridation » de la population, tout en concluant que c’est « la mixité qui domine et pas l’entre-soi communautaire ». Là réside la confusion, volontaire ou non. Confusion entre la population qui est une notion démographique et les mixités sont évidentes. Confusion avec le peuple qui est une notion politique dont l’unité pour la France est le socle. Ce peuple peut être composé de populations de toutes origines. Il rassemble des sujets comme sous l’Ancien Régime, aujourd’hui des citoyens depuis la Révolution de 1789. Il ne s’agit pas d’un « grand remplacement » d’un peuple par un autre mais d’une « grande succession » comme le rythme de la vie et de la mort la déroule sur toute la planète. À moins que le candidat Mélenchon, utilisant cette expression de « grand remplacement » ait voulu, par un clin d’œil, laissé entendre que les colonisés d’hier forgeront un nouveau peuple. Il a l’habitude les clins d’oeil comme ceux qui sentent l’antisémitisme…!!!
De façon générale, le projet rappelle par une cascade de formules, un air bien connu de la gauche radicale, communiste autrefois, même socialiste, insoumise aujourd’hui qui en prend le relai. Il faut rompre pour espérer une autre vie et séduire les électeurs. Ainsi : « C’est un programme de rupture avec l’ordre écologique et social » ; « La révolution citoyenne doit rendre aux citoyens le contrôle sur le pouvoir dans la société » ; « Un autre monde est possible et notre programme est historique » ; « L’objectif de la Nouvelle France est de rompre avec le capitalisme et de substituer à la dictature des actionnaires un outil d’intérêt plus collectif pour guider l’économie : la planification écologique « ; « Pour que cela change, il faut tout changer » (le contraire du Guépard.;) ; « Il faut mettre au pas la finance » (ça rappelle un discours de janvier 2012 au Bourget..). Ces citations sont reprises du texte. La rupture annoncée dans l’opposition se conclut par une absence de rupture au gouvernement..!!
Selon la tradition qui remonte au XIXème siècle, pour atteindre ces objectifs, il faut que l’Etat prenne le commandement économique du pays. On retrouve au fil des chapitres l’esprit des nationalisations de 1981. C’est en regroupant les propositions qu’on mesure la mainmise sur des pans entiers de l’économie. Ainsi : « Collectiviser les biens communs fondamentaux et établir par référendum (?) la liste de ces biens communs et services à collectiviser » ; « Revenir sur les privatisations des aéroports, des autoroutes, de la Française des Jeux etc.. » (ce etc..étonnamment flou et ne clôt donc pas la liste) ; « Ouvrir un droit de réquisition des usines et des entreprises d’intérêt général pour l’Etat » ; « Créer des pôles publics de la banque, du médicament, de l’armement, de l’énergie, des transports » ; » Socialiser certaines banques de détail et les intégrer dans le pôle public » (la liste de ces banques n’est pas indiquée) ; « Collectiviser les EHPAD privés à but lucratif et les confier à des associations coopératives » ; » Réintroduire dans le secteur public les entreprises d’armement privatisées » ; « Renationaliser la SNCF, EDF et ENGIE » ; « Nationaliser certaines filières stratégiques, notamment le Doliprane » ; « Passer sous contrôle public les infrastructures du numérique et des télécommunications »…Toutes ces propositions sont donc disséminées dans les 18 chapitres. Il faut les rassembler pour comprendre la politique économique du candidat Mélenchon. À cela s’ajoute « le droit de veto suspensif du Comité d’entreprise sur les plans de licenciement ». C’est un retour sous cette forme de l’autorisation administrative de licenciement, abandonnée en 1986 par Chirac-Séguin, pas reprise par la gauche ni en 1988, 1997 ou 2012…!!
Tout cela coûterait très cher à un État étranglé par les intérêts de sa dette. Si tout cela se faisait, ça pourrait même coûter plus cher que prévu si on se rappelle la décision 81-132DC du Conseil Constitutionnel du 16 janvier 1982. Il a été saisi par l’opposition RPR-UDF. Elle considérait que les actionnaires avaient été mal indemnisés par la loi dite de « Nationalisation »votée par les deux groupes PCF-PS. Le Conseil leur a donné raison sur la base de l’article 17 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui dit que « la propriété est un droit inviolable et sacré ». Le Conseil, tout en validant le principe de la nationalisation, a considéré que le gouvernement et le législateur avaient sous-évalué la valeur réelle des actions, lésant ses détenteurs. Il a fallu passer à la caisse et augmenter la facture. Le 11 février 1982, le Conseil validait le tout. Mais peu importe. C’est comme pour la dette : « La dette publique est due aux cadeaux faits aux ultra-riches ». D’après les Insoumis, les 3500 milliards sont de leur faute. Ils doivent rendre l’argent. En réalité ils ne sont pas assez nombreux même s’ils doivent participer à l’effort. De plus l’argent rentrera en « relançant l’activité par la consommation populaire et l’investissement public qui entraînera les entreprises par leurs carnets de commande »..Mélenchon a la nostalgie du passé ou la mémoire courte car c’est ce qui fut fait en 1981-1982.. il a fallu corriger car si la consommation repartait c’était par l’achat de produits importés, dégradant la balance commerciale. Mais toujours peu importe puisque le candidat ouvre un chapitre intitulé : « Refuser le chantage : annuler la dette publique. Elle est instrumentalisée pour justifier l’austérité et les privatisations. Il faut exiger de l’Union européenne que la Banque Centrale Européenne transforme la part de dette des États qu’elle possède en dettes perpétuelles à taux nul ». Mais comment avoir une telle exigence quand par ailleurs on annonce vouloir désobéir aux traités européens.? Un solution est avancée : « Réaliser un audit citoyen (??) de la dette publique pour déterminer la part illégitime (??) et préparer un réaménagement de la dette publique ». Pas besoin de sortir d’une grande école d’économie pour comprendre que cette phrase relève de la bouillie pour les chats..
Pour les Insoumis, pas de problème, il y a donc de l’argent, on le trouvera et on peut donc se montrer généreux. Un lecteur attentif sera surpris par la quantité de gratuités annoncées, là encore disséminées dans les 18 chapitres : gratuité des crèches publiques ;gratuité de l’éducation publique, y compris les cantines, le transport et les activités péri-scolaires ; gratuité de tous les manuels scolaires et de toutes les fournitures ; gratuité de l’enseignement supérieur de la licence au doctorat quelque soit la nationalité des étudiants ; gratuité de la première tranche d’électricité, de chaleur, d’eau, de gaz ; gratuité des protections périodiques pour tous et toutes, quelque soit l’âge ; gratuité des procédures judiciaires, notamment le divorce ; gratuité de tous les musées ; gratuité des activités sportives pour les populations les plus pauvres ;gratuité des douches et des sanitaires publics ; gratuité des mètres cubes d’eau indispensables à la vie digne, y compris par la suppression de l’abonnement…C’est open bar et Père Noël tous les jours.Evidemment rien n’est chiffré, sachant que certaines gratuités relèvent soit de l’Etat soit des collectivités locales..
En réalité la gratuité n’existe pas. Elle est règlée par les anonymes à travers impôts et taxes et aussi en augmentant la dette. À côté de ces générosités d’autres dépenses sont annoncées. Ainsi : Rattrapage du point d’indice de la fonction publique depuis 2010 ( une belle somme en perspective ) avec une hausse immédiate annoncée (en attendant ce rattrapage) de 10% de tous les fonctionnaires (oubliant de mentionner la répercussion sur le montant des pensions versées aux retraités des trois fonctions publiques) ; hausse du SMIC à hauteur de 1600 euros nets mensuels pour un temps complet (le PS est à 1690 dans son projet, il est problable que les Insoumis surenchérissent) ; ateliers pour les chômeurs de longue durée dans des secteurs d’urgence avec un salaire au niveau du SMIC, ça rappelle les ateliers nationaux de 1848..; augmentation enfin de 10% de tous les minima sociaux.. À gauche ceux qui critiqueront la démagogie de toutes ces mesures seront des sans-cœurs, des sociaux-traîtres, des cyniques sans humanité. Les autres se prétendront la « vraie gauche »..!!
Des ressources seront à trouver dans une « Révolution fiscale » Ainsi : instauration de 14 tranches pour l’impôt sur les revenus et la CSG, sans indiquer si c’est à rendement constant ou s’il s’agit de faire payer ceux qui aujourd’hui sont exemptés ; retour de l’ISF ; taxe Zucman à 2% ; création d’un héritage maximal de 12 millions d’euros, ce qui veut dire qu’au-delà l’Etat prend tout, on ne va pas pleurer sur la somme mais il ne faudrait que ces grosses successions quittent la France ; même imposition sur le capital et le travail ; création d’une TVA grand luxe.. la fiscalité est un marqueur de la gauche et c’est un sujet qui sera âprement discuté en recherchant une meilleure justice en la matière. Enfin, comme tout programme de gauche depuis 1936, il y a un volet « temps de travail ». Le Front Populaire avait une seule proposition sur ce sujet : instauration de la semaine de 40 heures sans diminution de salaire. Les deux semaines de congés payés sont le résultat du mouvement social post-électoral. Quant à l’âge légal de départ à la retraite, il était maintenu à 65 ans. En 2022 le programme de Mélenchon comportait trois points : la semaine de 32 heures par une loi générale comme pour les 35 heures ; la 6ème semaine de congés payés ; le retours aux 60 ans avec 37, 5 annuités pour la retraite. Cette fois il se montre modéré. Il n’est plus question de la 6ème semaine de congés payés ; la retraite revient à 60 ans mais avec 40 annuités et non 37, 5 ; la semaine de 32 heures ne concerne plus que les métiers pénibles ou de nuit, en attendant une négociation entre partenaires sociaux pour la généraliser.
Dans un tout autre domaine, on sent qu’un secteur taraude Mélenchon. Il a besoin de lui faire rendre gorge : l’enseignement privé dans toutes ses dimensions. Beaucoup de mesures lui sont consacrées au risque de relancer la guerre scolaire aujourd’hui apaisée depuis le retrait de la loi Savary en 1984 et de la loi Bayrou en 1994.. Ainsi : « Arrêter le financement public des établissements confessionnels, dont scolaires » . « Abolir les privilèges (sans les citer) de l’enseignement privé et la loi Carle ( qui oblige une commune de résidence d’un élève à payer le forfait même s’il est scolarisé dans l’école privée d’une autre commune ) ; « Interdire les diplômes privés professionnels » ; « Réserver la taxe d’apprentissage aux établissements publics » ; « Interdire le caractère lucratif des écoles privées de l’enseignement supérieur »..Il y a de quoi gonfler les effectifs de belles manifestations. Si on ajoute « L’abrogation du concordat en Alsace-Moselle et divers statuts en vigueur Outre-Mer » au nom de la laïcité, il y a de quoi mettre le feu aux poudres. Est-ce vraiment le moment de relancer ces querelles.?
Concernant les institutions, il faut revenir au premier chapitre. Il est intitulé « Le pouvoir au peuple » et est consacré à la convocation d’un référendum « pour engager le processus constituant et décider des modalités de composition de l’Assemblée Constituante ». Mélenchon veut utiliser l’article 11 pour passer à la VIème République comme il ne cesse de le répéter depuis des années. Mais tout changement de Constitution relève de l’article 89. Il utiliserait donc la même méthode que le Rassemblement National, commençant son quinquennat par un coup de force juridique et donc un coup d’Etat constitutionnel. On ne peut pas qualifier de coup de force l’usage du 49.3 bien prévu dans la Constitution et en commettre un dès son arrivée au pouvoir.! C’est vrai qu’il s’agit « d’abolir la monarchie présidentielle « comme le dit le texte mais pas d’abolir la monarchie insoumise..!!
Vient le chapitre 17 consacré à l’Europe. Dans le chapitre 16 il est annoncé que la France « se retirerait immédiatement du commandement intégré de l’OTAN, puis, par étapes, de l’organisation elle-même ». Cette fois, à la différence de 2012 et 2017 on a échappé à l’adhésion de la France à l’Alliance bolivarienne pour les peuples de l’Amérique. C’était possible par la Guyanne. Ceci dit, la France quitterait mais il n’est pas question d’une défense européenne. Bilan : la France toute seule pour sa sécurité. Quant aux Français attachés à l’Union européenne, il faut lire ces deux pages du chapitre 17. Elles ouvrent dans le dire un chemin vers la sortie de la France de l’Union européenne. C’était l’objectif annoncé comme celui du Rassemblement National. Cette fois la démarche est différente, plus subtile et plus perverse. D’abord il est écrit que « en effet certaines règles européennes sont aujourd’hui incompatibles avec la mise en œuvre de notre programme ». Par conséquent on commence par le « Plan À » : les 26 partenaires européens seront saisis pour une « rupture concertée avec les traités actuels ». Peu de chance que ça marche. Suivra alors le « Plan B » qui « assumera la confrontation avec les institutions européennes et nous désobéirons aux règles bloquantes à chaque fois que c’est nécessaire ».
Le « Plan C » n’est pas mentionné mais c’est le Frexit et la rupture de la France avec l’Europe. Élire Mélenchon c’est donc installer un Orban français au Conseil européen.
Conclusion de cette lecture : il est prudent de regarder les programmes des candidats. Contrairement à leur réputation et au slogan facile « ils ne tiennent jamais leurs promesses », quand ils sont élus ils ont plutôt tendance à vouloir les appliquer…!!!
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