Le 30 avril 1966, dans un colloque organisé par le club « Citoyens 60 », l’ancien Président du Conseil, Pierre Mendès-France, déclare au lendemain de la première élection présidentielle au suffrage universel des 5 et 19 décembre 1965 qui a vu la victoire du Général de Gaulle :
« L’élection présidentielle est comme une sorte de compétition de vedettes, conduisant à un régime personnalisé fondé sur le talent, le charme, l’habileté télégénique et, bien sûr, les appuis financiers qu’un candidat pourra mobiliser, plutôt que sur le caractère progressiste de l’action qu’il entend mener s’il est élu »..!! Mendès-France avait vu juste, mais personne ne privera les Français d’élire leur Président.
Cette déclaration a 60 ans et aujourd’hui on parle en effet d’hyper-président, de monarque républicain et même François Mitterrand a été appelé « Dieu » après sa réélection en 1988. Pourtant il faut relativiser ces qualificatifs. Le Président a un réél pouvoir quand l’Assemblée Nationale dispose d’une majorité fidèle et cohérente qui le soutient et lui obéit. En période de cohabitation, il perd ce pouvoir. En période de majorité relative, il doit manœuvrer. En période d’absence de majorité, il doit composer et en rabattre. On y est depuis les résultats des législatives du 7 juillet 2024.
Son pouvoir n’est donc pas automatique. De plus, quel candidat osera dire honnêtement que, s’il est élu, il a beaucoup moins de pouvoirs que les citoyens le pensent. Ceux-ci exigeront de lui des engagements, persuadés qu’il a le pouvoir de les tenir. Il fera des promesses souvent exigées par les électeurs sans être certain de les remplir..
Car, dans l’exercice de son mandat, le Président a des contraintes qui l’obligent. Il doit faire respecter les engagements européens validés par la voie référendaire ou parlementaire. Ainsi la France peut être mise en minorité au Conseil européen, ce qui s’est vu avec le traité de Mercosur. Elle doit se plier aux règles d’une monnaie unique sous peine d’être sanctionnée. Le Président ne fait donc pas ce qu’il veut.
Même le mouvement de décentralisation engagé par la loi du 2 mars 1982 prive l’Etat et donc son Chef de leviers importants dans le domaine des compétences transférées aux collectivités locales. Construire un lycée dépend du Conseil régional et un collège du Conseil départemental. Les transports ferroviaires régionaux dépendent du premier, les politiques sociales largement du second. La décentralisation a donc limité son pouvoir.
Enfin quel candidat osera dire aux électeurs que tout le monde devra faire un effort pour stabiliser puis réduire la dette de la France. Faire payer les riches, diront les uns, mais il n’y a pas assez de riches pour règler les dizaines de milliards d’euros exigés par les prêteurs chaque année pour règler les interêts..!! Faire payer les immigrés diront d’autres mais nous aurons besoin d’eux dès lors que la natalité est un chute libre et ils sont nécessaires pour faire tourner l’économie.
En réalité, y aura-t-il des candidats pour mettre en avant la vérité.? Aujourd’hui la situation des finances publiques a disparu du débat public. Il est vrai que c’est un thème qui ne fait pas rêver et l’électeur aime qu’on lui dise que tout ira mieux demain. Les briseurs de rêves ne gagnent pas.;!!
Mais si la démagogie irrigue la prochaine campagne présidentielle, si les problèmes pourtant connus sont mis sous le tapis, il y aura bien sûr un vainqueur mais il devra soulever le tapis. Et combien de mois faudra-t-il pour que la déception revienne.? Si elle revient, la colère sera décuplée.
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