Le pire des crimes au XXème siècle a été commis sur le continent européen : l’extermination des juifs par balles organisée par les einsatzgruppen, groupes d’unités mobiles des nazis, dans des camions en les asphyxiant par les gaz d’échappement, dans des chambres en utilisant le zyclon B, un pesticide à base de cyanure.Bilan : 6 millions de morts. Un autre crime a été perpétré dont on parle peu ; Holodomor, ou meurtre par la faim, décidé par Staline en Ukraine en 1932-1933. Bilan : entre 4 et 5 millions de morts.

   Ce dernier crime a été effacé de nos mémoires par la contribution de l’URSS à la victoire contre le nazisme, Staline devenant un héros après avoir été un meurtrier. Mais comment faire oublier l’holocauste.? Comment le gommer et le nier ou faire des victimes juives disparues hier les ancêtres des bourreaux juifs d’aujourd’hui.? Certes le procès de Nuremberg (20 novembre 1945-1er octobre 1946) a condamné plusieurs dirigeants nazis coupables de crimes de guerre, de crimes contre la paix, de crimes contre l’humanité. Il n’a pas mis un terme à toute l’histoire.

   On peut même avancer que l’entreprise d’oubli de ce drame de la Shoah a commencé tôt en France. La Haute Cour a condamné à mort le 15 août 1945 le Maréchal Pétain. Il est reconnu coupable d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison, mais pas de complicité de génocide. Il est pourtant l’auteur et le signataire du statut discriminatoire des juifs du 3 octobre 1940 que l’occupant allemand n’exigeait même pas. Il est aussi le complice de la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 orchestrée par son Premier Ministre Pierre Laval, lui aussi condamné à mort et reconnu coupable d’attentat contre la sûreté intérieure de l’Etat et d’intelligence avec l’ennemi intégrant sa participation à la persécution des juifs. C’est au moins évoqué mais sans plus..Mais leurs juges connaissaient cette complicité passée sous silence.

   Plus tard une entreprise de négationnisme déniant les faits historiques bien établis sera engagée au lendemain de la guerre. Un universitaire ouvre ce triste ballet : Maurice Bardèche. C’est le beau-frère de Robert Brasillach dont il a épousé la sœur, Suzanne en 1934.C’est déjà une affaire de famille nourrie d’antisémitisme. Il est un des fondateurs du négationnisme. Son ouvrage « Nuremberg et la Terre promise », paru en 1948, est reconnu comme le premier livre négationniste français. Il met en doute la réalité du génocide des juifs et l’existence des chambres à gaz. Il en parle comme une « falsification de l’histoire » ou un « admirable montage technique » ( évidemment monté par les juifs eux-mêmes ..!!) pour masquer les crimes des vainqueurs de la seconde guerre mondiale. ; !! Deux Français prendront le relai dans les années 1960-1970, Paul Rassinier et Robert Faurisson. Ils trouveront des adeptes aux Etats-Unis avec Arthur Butz et au Royaume-Uni avec David Irving. On peut ajouter la déclaration faite le 13 septembre 1987, par le président du Front National, Jean-Maris Le Pen à la radio RTL. Il ose dire que « les chambres à gaz sont un point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale «. Ces propos s’inscrivent dans la même veine. En résumé, l’holocauste est un faux et le juif un menteur..!!

   Les Nations-Unies ont voté un plan de partage de la Palestine le 29 novembre 1947. Il crée un État juif et un État arabe, tous les deux Palestiniens, Jérusalem étant placé sous administration internationale. L’ONU n’a pas précisé le nom que doit prendre chaque État. Les Juifs hésitent, notamment entre Judée et Sion. Ils optent pour Israël proposé par Ben Gourion. Les Arabes n’en retiennent aucun puisqu’ils sont hostiles à ce partage. Peu à peu ils s’approprient le nom de « Palestine », qui en réalité appartient aux deux. Mais le temps a imposé celui-ci aux seuls Arabes. Deux mille ans après leur expulsion de cette terre, les juifs la retrouvent donc comme le lieu de leur sécurité quoiqu’il leur arrive dans le monde. Les pays arabes ayant refusé ce partage, la guerre n’en finit pas depuis 1948. Toutes les guerres menées par Israël lui ont été imposées soit par des groupes terroristes soit par des armées des pays limitrophes.Il s’en serait bien passé.

   Elle a pris des proportions d’une violence inégalée depuis le pogrom du 7 octobre 2023 à l’initiative du mouvement terroriste Hamas Elle oppose ce groupe armé terroriste qui se cache au milieu des populations civiles et une armée puissante et bien équipée qui utilise le maximum de sa force.

   Il faut cependant être attentif à l’usage qui peut être fait de cette situation par les nouveaux antisémites du XXIème siècle. En effet Israël est accusé d’être colonisateur par sa présence en Cisjordanie, terme de géographie pour les uns, en Judée et Samarie, terme d’histoire pour les juifs. Ces deux façons de nommer ce territoire résonnent différemment dans la mémoire de ces peuples. Israël est accusé de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité et malheureusement on connaît peu de guerres sans ces crimes. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France en ont commis et les pays arabes également. Israël est accusé d’être un État génocidaire, de pratiquer l’épuration ethnique, d’organiser un apartheid, de fait sinon de droit. Et plus récemment de prendre en otage les équipiers du bateau de plaisance « le Madleen » avec à son bord Greta Thunberg et Rima Hassan. C’est fait pour mettre le signe égal entre les otages du Hamas et 12 marins bien traités par la marine isräélienne. Le chef des Insoumis parlera d’acte de piraterie. En plus du reste, le juif est un preneur d’otages et un pirate. La coupe est bien remplie.

   Tout est en place pour continuer à faire du juif le bouc-émissaire du monde, celui qu’il faut à jamais faire disparaître car il est la cause de tous les malheurs de notre pauvre monde. À moins qu’il faille le garder et continuer à lui faire jouer ce rôle tout en le maltraitant jusqu’au pire. On s’étonne qu’il ne soit pas rendu responsable du réchauffement climatique sauf à penser que la présence de Greta de Thunberg sur le voilier « Madleen » soit un clin d’œil en ce sens. Et si la situation s’aggrave avec l’Iran, le juif sera évidemment responsable alors même que cette théocratie répète à l’envie que Israêl doit disparaître de la carte..!!

   Une interrogation vient immédiatement à l’esprit qui n’en finit pas de traverser les siècles : pourquoi seuls les juifs ont-ils toujours été persécutés depuis 2000 ans.? D’autres peuples ont disparu des Indiens d’Amérique aux Aborigènes d’Australie. Des peuples ont aussi vécu des génocides, tels les Arméniens en 1915 et les Tutsi en 1994. Mais les juifs, toujours et partout, sans cesse mais toujours là et répétant chaque semaine : l’an prochain à Jérusalem. Chez les catholiques il aura fallu le Concile Vatican II (1962-1965) pour que soit reconnu que le judaisme était une source du christianisme et soit engagé un dialogue avec lui..il aura fallu quelques siècles..!!

   Il est donc utile de rappeler ce qu’est un bouc émissaire : c’est une personne ou un groupe sur lequel une société, une communauté ou un individu projette ses fautes, ses échecs ou ses frustrations. Le bouc émissaire est tenu responsable de maux qu’il n’a pas causés et son exclusion ou sa punition permet à la collectivité de se soulager symboliquement d’un mal ou d’un conflit. C’est un rite biblique de l’Ancien Testament dans le Lévitique. Lors du Jour des Expiations (Yom Kippour), le grand prêtre juif plaçait symboliquement les fautes du peuple d’Israël sur la tête d’un bouc vivant. Celui-ci était envoyé dans le désert emportant avec lui les fautes de la communauté. On croirait vivre les travaux pratiques au XXIème siècle. ;

   Le gouvernement de Nétanyahu porte de lourdes responsabilités et il n’est pas l’homme de la paix pour l’avenir, pas plus que le Hamas et le Hezbollah. Mais pourquoi les faire porter sur les juifs du monde entier.?Si ce n’est parce qu’ils sont un bouc émissaire planétaire et c’est ce qui se met en place. D’où les mots à ne pas employer à tort et à travers. Comme l’écrivait Albert Camus : » Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde ». Ou encore Thucydide dans « La Guerre du Péloponnèse » : « Les hommes en vinrent, pour qualifier les actes, à modifier arbitrairement le sens habituel des mots »..

   Le but de ces nouveaux antisémites est alors d’opérer un renversement de situations pour alimenter la haine des juifs. Il faut garder en mémoire ce qu’a dit le philosophe Vladimir Jankélévitch, juif lui-même. C’était en 1979 dans un entretien au journal Le Monde. Il parle de » l’antisionisme comme un antisémitisme de bonne conscience. C’est un masque pour légitimer une hostilité envers les juifs ». À ses yeux il s’agit d’effacer la mémoire de l’extermination. Ce qui attriste un homme et une femme de gauche c’est de constater que l’antisémitisme renaît par la partie extrême de ce camp. Dès 2013, le ton était donné par Jean-Luc Mélenchon. Il définissait ainsi Pierre Moscovici, juif d’origine roumaine : « Il ne pense pas français mais finance internationale ». On croirait entendre Edouard Drumont à la fin du XIXème siècle. L’engagement pour l’innocence du capitaine Dreyfus a mis la gauche sur de bons rails en tournant le dos aux propos d’un Proudhon comme d’un Jules Guesde. Il ne faudrait pas connaître une rechute. La gauche, dans sa version social-démocrate, s’honorerait de réfléchir à cette question d’un peuple sans cesse persécuté dès lors que des relents antisémites refont surface dans une part d’elle-même.

   L’antisémitisme a besoin d’évoluer et de changer de peau. Il est en train de le faire pour les prochaines générations. Trop de médias et de responsables politiques tombent dans ce panneau. Certains de ses arguments se sont en effet atténués ou ont disparu. Il en faut d’autres. Après l’antisémitisme appuyé sur l’antijudaisme religieux et le peuple déicide, après l’antisémitisme basé sur le juif capitaliste et usurier, après l’antisémitisme racial du nazisme accusé de polluer le sang aryen, viendra le nouvel antisémitisme qui se nourrira des mots de cette période. Car il faut nourrir la bête de siècle en siècle. Et ce nouvel antisémitisme pourra s’en donner à cœur joie. Il est déjà en route..!!

Bernard Poignant
3 octobre 2026