Georges Pompidou a entretenu jusqu’à sa mort une correspondance régulière avec son ami d’enfance, Robert Pujol. Ils se sont rencontrés sur les bancs du lycée d’Albi dès la classe de 4ème. Ils ont mené des études universitaires tous les deux. R.Pujol doit faire un exposé sur le socialisme. Il écrit à son ami pour lui demander de préparer un plan et de lui suggérer des idées. Cette lettre, comme beaucoup d’autres, a été publiée dans le livre : » Georges Pompidou, lettres, notes et portraits,1928-1974 », à l’initiative de son fils, Alain, avec une préface d’Eric Roussel. Cet ouvrage, édité chez Robert Laffont, est sorti en 2012. La lettre date du mercredi 8 janvier 1930. G.Pompidou a 18 ans ( il est né le 5 juillet 1911 à Montboutif dans le Cantal ).
En voici quelques extraits :
» Voici comment je conçois ton laïus sur le socialisme. D’abord un exposé sur la doctrine. Dans l’introduction, je montrerais les limites du socialisme qui, par exemple, n’est nullement de l’anticléricalisme et je montrerais la différence profonde entre communisme et socialisme. Puis je montrerais les avantages du socialisme comme facteur de paix, en disant que si les socialistes n’ont jamais méconnu le patriotisme (citer Jaurès), si quelquefois même le chauvinisme les a un peu envahis, ils restent des pacifistes…Enfin, j’arriverais à l’essentiel : critique du capitalisme ( la dot, l’héritage, l’oppression des travailleurs etc. ; etc.. ), puis exposé sommaire et vague de ce que serait un régime socialiste, exposé détaillé de la tactique : pas de coup de force, triomphe de la majorité, non d’une minorité qualifié « d’évolution révolutionnaire »….je terminerais cette partie en montrant la grandeur du socialisme, qui satisfait à la fois les besoins matériels de l’humanité et les aspirations des grands hommes, qui repose sur une base scientifique, matérialiste mais est un grand acte de confiance idéaliste, ce qui se retrouve dans ses électeurs ouvriers et ses représentants intellectuels d’élite. Je montrerais la nécessité de la marche au socialisme par le progrès de la grande industrie et les nombreuses réformes déjà obtenues ( interventions multipliées de l’Etat, droit de grève, limitation de la journée de travail etc..etc.. )..
Tu parlerais du régime socialiste ( inspire-toi si possible de Jaurès ), montrant que ce ne sera pas la tyrannie de l’Etat mais de « l’individualisme bien compris (Jaurès). Tu montrerais que le régime socialiste est presque réalisé en industrie, qu’il ne reste plus qu’à répartir les bénéfices entre les ouvriers au lieu de le faire entre des actionnaires lointains et qui ne connaissent rien à leur usine, passant simplement à la banque toucher les dividendes. Tu montrerais comment le socialisme respecte la propriété (en particulier la propriété paysanne) et ne s’attaque qu’à la propriété capitaliste et tu montrerais qu’au fond, en dehors de détails techniques, réaliser le socialisme c’est abolir l’héritage. Tu montrerais alors qu’on va de plus en plus dans ce sens, tu t’attaquerais à l’héritage…
Et tu terminerais par un mouvement d’éloquence montrant la beauté, la justice du socialisme, la splendeur de la société comme il la conçoit qui ne nivellera pas par la base, qui maintiendra une hiérarchie mais la hiérarchie des talents, non de l’argent, tu montrerais la marche au socialisme à nouveau. Et voilà…!!!
C’est un bel exposé préparé par un jeune homme de 18 ans. Même au Parti socialiste, il mérite d’être connu..
2 commentaires
Cependant, sur la question de l'héritage, l'avenir n'a pas vraiment confirmé ses vues...
Merci Bernard de cet exercice d'anamnèse pompidolienne !
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