Les Américains quittent progressivement l’Europe en refusant d’aider l’Ukraine avec ardeur et conviction. Leur regard se tourne vers l’Océan Pacifique et la Chine. Après l’éclatement de la Fédération yougoslave ils sont encore venus terminer la guerre de Bosnie avec les accords de Dayton en 1995 et la guerre du Kosovo en 1999 en écrasant la Serbie. Aujourd’hui ils sont lassés de venir en aide aux Européens. Les Russes attaquent l’Ukraine, après la Géorgie en 2008, pour refaire un empire territorial réduit depuis qu’ils ont perdu la guerre froide. Les Américains sont intervenus à leur corps défendant dans les deux guerres mondiales. Les Russes ont laissé tomber les Européens à deux reprises, en 1917 contre l’Empire allemand, en 1939 contre le IIIème Reich. Les premiers ne viennent pas à notre secours spontanément. Les seconds abandonnent si ça les arrange.
Commençons par les Russes. Le premier abandon ou lâchage est daté de la signature du traité de Brest-Litovsk (aujourd’hui en Biélorussie) le 3 mars 1918. Cette première guerre mondiale dure depuis trois ans. Le pays est épuisé, le conflit est meurtrier, des soldats se mutinent, comme en France après l’offensive du Chemin des Dames. En février 1917, une première révolution renverse le Tsar Nicolas II, contraint d’abdiquer le 15 mars. Mais le Gouvernement provisoire décide cependant de continuer la guerre. C’est une décision très impopulaire qui explique pour partie le déclenchement de la seconde révolution d’octobre 1917, conduite par les Bolcheviks de Lénine. Ils s’emparent du pouvoir avec ce slogan : » La Paix, le Pain, la Terre « . Dès décembre, ils signent avec l’Allemagne un armistice et des négociations s’engagent. Mais elles traînent en longueur et impatientent les représentants de l’Empereur Guillaume II. Celui-ci rompt les discussions en février 1918, lance une grande offensive, gagne beaucoup de terrains face à une armée russe désorganisée et démoralisée. La Russie est enfoncée, reconnaît sa défaite et se résout à un traité qui lui est défavorable. Elle perd la Pologne, les pays baltes, la Finlande, l’Ukraine et une partie de la Biélorussie. Plus tard elle n’aura de cesse de les récupérer en les annexant ou les neutralisant. Résultat : l’Allemagne n’a plus à se battre sur deux fronts. Elle transfère ses divisions à l’Ouest et prépare son offensive de printemps. La guerre est ainsi prolongée de quelques mois par lâchage de l’allié de l’Est.
Même si le contexte est différent, un nouvel abandon s’opère en 1939. Cette fois il est soviétique à la suite du pacte signé par Joachim von Ribbentrop et Viatcheslav Molotov le 23 août 1939, en présence de Joseph Staline. Les deux premiers sont les Ministres des Affaires étrangères des deux dictateurs. Staline craint une alliance entre la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne contre le communiste de Moscou. Il le craint d’autant plus que ces trois pays se sont entendus en 1938 à Munich sur le dos des Tchèques. Il n’empêche : c’est un coup de théâtre et un coup de poignard dans le dos des démocraties occidentales. Deux ennemis, deux idéologies, deux dictateurs s’allient contre elles. Hitler, qui prépare son offensive vers l’Ouest, veut éviter la guerre sur deux fronts. Il a besoin de la neutralité de l’URSS car il veut envahir la Pologne après avoir absorbé la Sarre, l’Autriche et la Tchécoslovaquie. C’est encore, pour lui, une revanche sur le traité de Versailles signé le 28 juin 1919. Ce traité a recréé une Pologne indépendante, lui a donné une bande de terre prélevée sur l’Allemagne (Posnanie et une partie de la Prusse) et lui a assuré un accès à la mer Baltique par le couloir de Dantzig (ville peuplée à 80% d’allemands) qui coupe l’Allemagne en deux. Ce pacte est complété par un « Protocole secret » dont l’existence a longtemps été niée par l’URSS avant d’être révélée par Mikhaël Gorbatchev en 1989 dans le cadre de la Glasnot (transparence ou publicité en français). Ce protocole partage la Pologne en deux au profit des deux signataires et donne carte blanche à l’URSS sur les pays baltes, la Finlande, une partie de la Roumanie et la Bessarabie (actuelle Moldavie et Transnistrie). Staline veut récupérer les territoires abandonnés par Lénine en 1918 et ils sont toujours convoités par Poutine..!! Hitler peut donc envahir la Pologne occidentale le 1er septembre 1939 et Staline la Pologne orientale le 17 du même mois et le Führer lancer ses panzers divisions vers la Belgique et la France en mai 1940..
Que fait la France pendant tout ce temps.? Est-elle sans critique.?Comme le Royaume-Uni, elle déclare la guerre à l’Allemagne mais ne la fait pas au point d’appeler cette période de quelques mois « Drôle de guerre ». Elle a pourtant un traité d’alliance défensive avec la Pologne signé le 19 février 1921. Cet accord promet une assistance mutuelle en cas d’agression. De plus un protocole a été signé en mai 1939 entre les généraux Kasprzycki et Gamelin qui prévoit ceci : en cas d’attaque allemande contre la Pologne, la France s’engage à lancer une offensive contre l’agresseur dès le 15ème jour de la mobilisation générale. Enfin le 4 septembre 1939 un additif est signé au lendemain de la déclaration de guerre. La France confirme qu’elle soutiendra l’intégrité territoriale de la Pologne. On comprend le sentiment de trahison ressenti par les Polonais. Mais l’armée polonaise s’effondre vite et l’Etat-Major français juge « inutile de sacrifier l’armée française ». Il ne faut pas s’étonner si les Polonais conservent des doutes sur les engagements pris par les Français et les Anglais. Ils ont longtemps mis leur confiance dans les Américains et se sont précipités dans les bras de l’Otan avant ceux de l’Union européenne après l’effondrement de l’URSS..Aujourd’hui ils se mettent à douter des Américains…!!!
Quant à Staline, il retrouvera, au lendemain de la seconde guerre mondiale dont il est sorti grand vainqueur, ses territoires perdus au cœur de l’Europe. Le dictateur communiste y fera sa loi avec une main de fer et y déploiera sa force sans être entravé avant la chute finale : blocus de Berlin du 29 juin 1948 au 12 mai 1949, répression de la révolte ouvrière à Berlin le 17 juin 1953 avec l’entrée dans la ville des chars soviétiques, comme celle de Poznan (Pologne) en juin 1956 ou de Varsovie en octobre, entrée de l’Armée Rouge à Budapest le 4 novembre 1956, construction du Mur de Berlin dans la nuit du 12 au 13 août 1961, écrasement du « Printemps de Prague » par l’armée soviétique dans la nuit du 20 au 21 août 1968. Mais la Fédération de Russie perdra à nouveau ces territoires par les indépendances conquises après l’éclatement de l’Empire soviétique.Poutine cherche à les récupérer en neutralisant la Biélorussie, en envahissant et occupant une partie de la Géorgie, en déclenchant une guerre contre l’Ukraine.
Voyageant dans l’Océan atlantique, que penser des Américains pendant ce XXème siècle guerrier.? Ils sont neutres de 1914 à 1917, selon le souhait dominant de la population de sensibilité isolationniste. Leur Président est Woodrow Wilson dont les Américains disent : » He kept us out of war « (« Il nous as tenus hors de la guerre »). Mais, en janvier 1917, l’Allemagne annonce qu’elle va mener une guerre sous-marine : tout navire se dirigeant vers la France ou la Grande-Bretagne sera coulé. Les Américains livrent en effet des armes aux Alliés et en même temps leur prêtent des milliards de dollars (dont ils exigeront le remboursement après la guerre…). Ils ne sont pas belligérants mais complices aux yeux des Allemands pour alimenter leurs ennemis. De plus les services secrets britanniques interceptent ce qu’on a appelé le « Télégramme Zimmermann » du nom du Ministre des Affaires étrangères allemand. Il est adressé au gouvernement mexicain. Il est proposé au Mexique une alliance contre les Etats-Unis. En échange, le Mexique récupérerait le Texas, le Nouveau Mexique et l’Arizona, perdus au XIXème siècle dans le cadre de l’expansion vers l’Ouest de leur grand voisin. L’opinion américaine se retourne et le 2 avril 1917, le Président Wilson demande au Congrès de déclarer la guerre. Ce sera chose faite le 6 avril et les premiers soldats débarquent à Saint-Nazaire le 26 juin 1917. L’arrivée massive des troupes se fera au printemps 1918 à raison de 250000 à 300000 par mois. Leur entrée en guerre se fait donc sans que les Etats-Unis l’aient voulu. C’est une guerre » malgré eux ». Ce n’est pas d’abord un acte généreux et désintéressé envers les Européens pour défendre la démocratie..!!
Même scénario pour la seconde guerre mondiale mais cette fois côté Pacifique.Le Japon mène une politique expansionniste en Chine et en Asie en général . Pour freiner cet impérialisme, le Président américain, Franklin Delanoë Roosevelt, décide un embargo sur le pétrole et l’acier en juillet 1941. C’est asphyxier l’économie japonaise et donc son armée. Le Japon considère qu’il doit s’emparer des ressources de l’Asie du Sud-Est, notamment pour le pétrole et aussi le caoutchouc. Pour cela il lui faut éliminer la seule force susceptible de l’en empêcher : la flotte américaine du Pacifique. Le dimanche 7 décembre 1941, l’aviation japonaise attaque la base navale de Pearl Harbor, à Hawaï. Bilan : 2400 morts et de nombreux cuirassés coulés ou endommagés. Jusque-là, comme de 1914 à 1917, les Américains alimentaient les belligérants européens en armes, en navires, en nourriture vers le Royaume-Uni et même l’URSS. Il y avait bien une guerre larvée dans l’Atlantique entre les destroyers américains et les sous-marins allemands sans pour autant qu’il s’agisse d’une guerre.Mais Hitler commet l’erreur de déclarer la guerre aux USA le 11 décembre 1941 car il est lié au Japon par un Pacte Tripartite. On ne refait pas l’histoire mais sans cet engagement de l’Allemagne nazie auprès du Japon, y aurait-il eu un débarquement le 6 juin 1944..??
En résumé, sans nier l’apport de l’Armée Rouge après juin 1941 dans la victoire finale (cette armée comportait beaucoup d’Ukrainiens et de Géorgiens, trop oubliés..), sans oublier l’engagement des GI après 1917 et après 1941 pour en finir avec le nazisme, il faut se souvenir des conditions historiques de la période pour avoir une juste appréciation.
C’est donc à partir de cette année 1917 que les États-Unis sont engagés et pour longtemps en Europe et déjà en Asie. Leur premier Président, George Washington, leur avait pourtant conseiller le contraire. Dans son Discours d’adieu (Farewell Address) du 19 septembre 1796 qui est en réalité une lettre ouverte au peuple américain, il leur dit ceci : » La grande règle de conduite envers les nations étrangères est, en étendant nos relations commerciales, d’avoir avec elles le moins de liens politiques possible » et il ajoutait : » Que l’Amérique puisse choisir entre la paix ou la guerre, selon que son intérêt, guidé par la justice, le guidera ». L’idée centrale de cette adresse est donc la neutralité. Elle tiendra quelques générations.
Après leur indépendance au XVIIIème siècle, en se coupant de la couronne britannique grâce à une aide active du Royaume de France incarnée par le Comte de Rochambeau et le Marquis de La Fayette, les Américains respectent ce principe d’isolationnisme. Ils se concentreront au XIXème siècle sur leurs conquêtes territoriales vers le sud au détriment de l’Espagne, vers l’est en achetant la Louisiane à lima France, vers l’Ouest en chassant les Indiens de leurs terres. Ils les parqueront dans des réserves ou les tueront sans états d’âme..!!
Par contre, leurs interventions en Europe au XXème siècle sont permanentes. Mais entre 1917 et 1941 ils seront fidèles à G.Washington en respectant son conseil. W.Harding (1921-1923) fera campagne sur le thème « Return to Normalcy » (Retour à la Normale) pour se dégager des affaires européennes et les parlementaires rejetteront le traité de Versailles. Après lui, C.Coolidge (1923-1929) signera en 1925 le pacte d’Aristide Briand, Ministre des Affaires étrangères de la France et de Frank Kellogg, Secrétaire d’Etat américain. Ce pacte mettait la guerre hors-la-loi. On a mesuré depuis la force de ce traité, pourtant signé par l’Allemagne, l’Italie, l’Urss et le Japon..Le suivant, H.Hoover (1929-1933) inventera la politique du « Bon voisin » et retirera les troupes américaines d’Amérique latine. Il s’inspire alors de la « doctrine Stimson » du nom du Secrétaire d’Etat à la guerre de plusieurs Présidents : sans intervenir, les États-Unis ne doivent reconnaître aucun changement territorial ou traité imposé par la force. Mais les interventions s’enchaîneront après 1941 jusqu’à nos jours dans plusieurs coins du monde. Le monde n’en a pas fini avec les guerres comme si les temps de paix n’étaient que des temps de pause.
De cette histoire surtout européenne, il est possible de tirer quelques enseignements :
D’ABORD chaque État voit prioritairement son intérêt. Il ne vient pas à l’aide d’un voisin ou d’un ami par pure générosité.! Ou il est attaqué et menacé et il se défend avec le maximum de ses moyens. La notion de riposte proportionnée n’existe pas. C’est une invention de naïfs. Un État engage toutes ses forces humaines et matérielles pour sa sécurité sans se fixer des lilmites.
ENSUITE, certaines frontières sont dites naturelles, maritimes pour les Iles Britanniques, montagnardes pour l’Espagne et l’Italie, fluviales (le Rhin) pour la France. Il en est d’autres qui sont instables et mouvantes, à l’instar des frontières orientales de l’Europe. L’écrivain d’origine tchèque, Milan Kundera (1929-2023), l’a théorisé dans son article publié dans le numéro de novembre 1983 de la revue Le Débat. Il est intitulé : « Un Occident kidnappé ou la tragédie de l’Europe centrale ». il écrit ceci :
« Mais qu’est-ce que la petite nation.? Je vous propose ma définition : la petite nation est celle dont l’existence peut être à n’importe quel moment mise en question, qui peut disparaître et qui le sait. Un Français, un Russe, un Anglais n’ont pas l’habitude de se poser des questions sur la survie de leur nation. Leurs hymnes ne parlent que de grandeur et d’éternité. Or, l’hymne polonais commence par le vers : » La Pologne n’a pas encore péri… »
« L’Europe centrale en tant que foyer de petites nations a sa propre vision du monde, vision basée sur la méfiance profonde à l’égard de l’Histoire. L’Histoire, cette déesse de Hegel et de Marx, cette incarnation de la Raison qui nous juge et qui nous arbitre, c’est l’Histoire des vainqueurs. Or, les peuples centre-européens ne sont pas vainqueurs. Ils sont inséparables de l’Histoire européenne. Ils ne pourraient exister sans elle, mais ils ne représentent que l’envers de cette Histoire, ses victimes et ses outsiders.. »
« Voilà pourquoi dans cette région de petites nations qui « n’ont pas encore péri », la vulnérabilité de l’Europe, de toute l’Europe, fut visible plus clairement et plus tôt qu’ailleurs. En effet, dans notre monde moderne, où le pouvoir a tendance à se concentrer de plus en plus entre les mains de quelques grands, toutes les nations européennes risquent de devenir bientôt petites nations et de subir leur sort. En ce sens-là, le destin de l’Europe centrale apparaît comme l’anticipation du destin européen en général, et sa culture prend d’emblée une énorme actualité ».
Quelle actualité pour un texte écrit il y a 43 ans.! Milan Kundera est mort le 11 juillet 2023 à Paris, quelques mois après l’invasion russe en Ukraine, illustrant son analyse. Il se souvenait certainement de cette phrase de Catherine II (1729-1796) : « Je n’ai pas les moyens de défendre mes frontières qu’en les étendant ». Il a pu entendre V.Poutine lors de la cérémonie de la Société de Géographie de Moscou en 2016. Le maître du Kremlin demande à un enfant de 9 ans où s’arrêtent les frontières de la Russie.? L’enfant répond : » Au détroit de Béring ». Poutine corrige : » Les frontières de la Russie ne finissent nulle part « . L’écrivain tchèque a pu prendre connaissance de l’article du tsar de Moscou publié le 12 juillet 2021 et toujours disponible en français sur le site officiel du Kremlin. Son titre : » Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens ». On peut y lire : » La Russie a été volée lors de l’effondrement de l’URSS » ou encore que les frontières de 1991 sont des « blessures ouvertes » car elles ont laissé des millions de russes en dehors du pays. On était donc prévenu que les frontières allaient bouger.
AUTRE ENSEIGNEMENT : tout traité est réversible et tout dirigeant peut renier sa signature ou celle de son pays. Le Mémorandum de Budapest de 1994 pourtant signé par la Russie obligeait l’Ukraine à rapatrier dans la nouvelle Fédération toutes les armes nucléaires stockées sur son territoire. En contrepartie la Russie s’engageait à respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine et à ne pas toucher à ses frontières. Réponse russe : une annexion de la Crimée en 2014, une invasion du pays en 2022. On pourrait ajouter tous les accords internationaux signés par les Etats-Unis et annulés par le Président Trump, à commencer par l’accord sur le nucléaire iranien militaire signé en juillet 2015 et déchiré en 2018..
Dans cette continuité, des exemples de non-respect d’engagements pris sont fréquents. Les accords de défense passés entre la Pologne et la France ont été vite remisés. Pire, les accords de Munich de septembre 1938 ont abandonné à Hitler la Tchécoslovaquie. Pourtant un « traité d’alliance et d’amitié » a été signé en 1924 prévoyant une concertation immédiate en cas de menace sur la paix. Il a été prolongé par le pacte d’assistance mutuelle de Locarno en 1925 qui prévoyait une assistance immédiate en cas d’agression de l’Allemagne. Ce texte est le « bouclier » sur lequel compte Prague face à la montée du nazisme. Cette alliance s’effondre avec ces accords de Munich passés entre France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie. Les Tchèques les appellent « Diktat de Munich » ou « Trahison de l’Occident ». L’armée tchécoslovaque recevra l’ordre de ne pas combattre quand les troupes allemandes envahiront les Sudètes.
ENFIN, DERNIER ENSEIGNEMENT : tout finit par les territoires. Les morts, on les pleure et les enterre, les blessés on les soigne, les prisonniers on les échange ou les libère, les populations on les déplace ou on les chasse, les dettes on les rembourse ou pas, les destructions on les répare, mais les territoires on les perd et pour les reprendre il faut une nouvelle guerre. Cette question revient dans plusieurs parties du monde. Poutine a pris la Crimée et veut tout le Donbass, Xi Jinping lorgne sur Taïwan, Trump a voulu prendre le Canada et acheter le Groenland, l’Inde et le Pakistan se disputent le Cachemire, même la Thaïlande et le Cambodge se sont battus pour quelques centaines de km2. On se souvient des douleurs françaises autour des « Provinces perdues » d’Alsace-Moselle. Quant à la Palestine, c’est Yasser Arafat qui a résumé sa problématique : » Trop d’histoire sur peu de géographie »..
ET NOTRE EUROPE DANS CE MONDE.? Pendant plusieurs siècles, les Européens ont été les maîtres. Ils n’ont pas hésité à se partager ce monde depuis le XVème siècle et les Grandes Découvertes. Dès le 7 juillet 1494, les deux grandes puissances maritimes de l’époque, l’Espagne et le Portugal, se répartissent les nouvelles terres sans le moindre souci de ceux qui les habitent. Pour éviter un conflit armé entre les deux nations chrétiennes, la Pape Alexandre VI procède à un arbitrage en traçant une ligne de démarcation dans l’Atlantique : à l’Ouest du Cap Vert l’Espagne ; à l’Est le Portugal avec une exception pour ce dernier : le Brésil. La France fait connaître son mécontentement par la voix du Roi : « Je voudrais bien voir la clause du testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde ».
À d’autres occasions, la France cède ou vend des territoires qu’elle a conquis. Dans le traité de Paris du 10 février 1763 qui met fin à la guerre de sept ans, Louis XV cède le Québec aux Britanniques, préférant consolider la présence du royaume en Guadeloupe et Martinique, les « isles à sucre », laissant aux Anglais « quelques arpents de neige » selon Voltaire. Un an avant, au traité de Fontainebleau du 3 novembre 1762, la France donne la Louisiane à l’Espagne pour qu’elle ne tombe pas dans les mains des Anglais. Napoléon la récupérera avant de la vendre aux Etats-Unis le 30 avril 1803 pour la somme de 15 millions de dollars.
Plus tard, le traité de Berlin du 13 juillet 1878 redessinera la carte du Sud-Est de l’Europe et des Balkans pour éviter la guerre entre grandes puissances. La France reçoit une option sur la Tunisie, le Royaume-Uni obtient l’administration de Chypre et l’Autriche-Hongrie la Bosnie-Herzegovine.
De même, une convention franco-britannique du 21 mars 1899 fixe la frontière entre les zones d’influence des deux pays en Afrique. La France renonce à tout accès au Nil et le Royaume-Uni reconnaît la souveraineté française sur les territoires à l’Ouest de la ligne de partage des eaux entre les deux fleuves, le Nil et le Congo.
On voit bien : la répartition des territoires et donc la question des frontières n’en finissent pas d’être au cœur des conflits de la planète. Encore aujourd’hui…!!!
Après cette longue phase de colonisation, les guerres du XXème siècle mettront encore l’Europe au centre du monde plus comme champ de bataille que centre de puissance. Ce temps est terminé. Les regards se tournent certes toujours vers l’Amérique mais de plus en plus vers la Chine en attendant l’Inde. Les Européens peuvent être forts s’ils restent unis et soudés pour se doter de toutes les formes de défense. S’ils s’éloignent les uns des autres et se tournent le dos, ils seront sur la pente d’un déclin qui les conduira hors de l’histoire.
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