Pas facile de parler de l’islam dans notre société. Il y a tant de contentieux historiques, des croisades à la guerre d’Algérie, des arabes arrêtés à Poitiers en 732 à la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453. L’histoire pèse lourd dans cette affaire autant dans nos mentalités du temps long que dans l’actualité du temps court.

   Concernant la partie radicalisée des fidèles musulmans, les mots ont eu du mal à être trouvés et prononcés. On a commencé par fondamentalisme et intégrisme : ceux-là ont disparu du langage public. Puis ce fut islamisme radical, terrorisme islamiste, fascisme vert ou islamo-fascisme et maintenant hydre islamiste. Au moins tout le monde est d’accord : ceux qui tuent à la bombe ou à la mitraillette, égorgent au couteau, par action individuelle ou sur ordre, sont des terroristes agissant au nom d’un islam qu’ils ont dévoyé en se radicalisant. La lutte contre eux doit être implacable et elle l’est. Il y a là unité nationale et même internationale depuis la grande manifestation à Paris le 11 janvier 2015. Jusque-là on voit clair.

   Quand on passe de l’islam radical à l’islam ordinaire ça se complique. La France a du mal à trouver le bon chemin. Régulièrement un événement vient ouvrir une polémique nationale ou locale. Çà commence avec le voile de deux jeunes filles au collège de Creil en 1989. L’épisode trouvera sa conclusion 15 ans plus tard avec la loi de 2004. Mais c’est reparti avec les femmes voilées à la crèche Babylou, pour les sorties scolaires, y compris dans l’enceinte d’une assemblée locale élue ( j’imagine ce qu’il en serait si la question arrivait un jour à l’Assemblée nationale ou au Sénat…!!! ). On peut ajouter le burkini sur les plages, le porc à la cantine, les jours réservés à la piscine pour les femmes, la construction des mosquées dans les villes avec ou sans minaret, l’abaya...sans compter la loi de 2010 sur l’interdiction du visage caché dans l’espace public. Elle a été votée avec la sécurité comme argument. Tout le monde avait bien compris qu’il s’agissait en réalité de la Burka des femmes musulmanes.

   Je pense qu’on n’en a pas fini et que d’autres sujets jailliront ouvrant des polémiques, divisant les acteurs politiques qui s’expriment mais aussi les Français qui se taisent avant que des sondeurs tentent de démêler les opinions réelles au risque de se tromper lourdement. On répétera alors qu’il ne faut pas confondre les terroristes islamistes et les musulmans pacifiques qui respectent nos lois. On s’appuiera sur la loi de séparation des églises et de l’Etat, sur la liberté de conscience qu’elle garantit, sur la tolérance qu’elle a instaurée dans nos sociétés, permettant à chacun de croire ou de ne pas croire et de croire en qui il veut. Il faut le dire et le répéter mais ça ne règle pas la question politique quand un fait survient et envahit le débat public. Et il y en aura régulièrement, souvent inattendus, nous prenant par surprise.

   Je n’ai pas une réponse meilleure que d’autres, mais au moins une approche. Le respect des croyants doit être rappelé. Ils ne sont pas par nature des terroristes, c’est évident. Mais il n’est pas interdit de poser quelques questions aux représentants des religions. C’est vrai de la religion catholique : elle est hostile à l’IVG et au mariage de personnes de même sexe mais elle ne stigmatise pas ses fidèles qui la pratiquent ou vivent en couple homosexuel. « Qui suis-je pour les juger.? » a dit le Pape lui-même. Ce n’est pas le cas de la religion musulmane. Alors j’ai toujours pensé que les autorités républicaines françaises devaient demander aux imams de France de proclamer la liberté pour les femmes de se vêtir comme de disposer de leur corps, de clamer la liberté religieuse pour tout être humain comme l’a fait le Vatican par son décret du 7 décembre 1965 et bien d’autres choses encore...On va dire que l’Etat n’a pas à se mêler de cela. Il doit en effet garantir l’exercice libre des religions mais à condition que celles-ci n’entrent pas en contradiction flagrante avec nos propres pratiques, notamment concernant l’égalité hommes-femmes.

   Il m’est arrivé à Quimper, étant maire, d’être invité à la mosquée après la prière. Je voyais les femmes toutes de noir vêtues quitter la mosquée tête baissée pour ne pas croiser le regard d’un homme. Puis les hommes m’accueillaient autour d’un thé à la menthe délicieux et de quelques sucreries et la conversation était très agréable...mais sans les femmes. Les Français voient cela et ça ne leur plait pas. J’ai connu les églises catholiques avec séparation des hommes et des femmes, donc séparation des familles. C’est fini depuis Vatican II. C’est un concile de ce genre qu’il faudrait à l’islam mais ils n’ont pas de pape…

   Personne n’oserait reprendre les propos de Georges Clémenceau à La Tribune de la Chambre des Députés lors de la discussion budgétaire de 1890. C’est intéressant de relire quelques extraits de ce discours dont l’esprit comme la lettre constitueront la trame de son combat pour aboutir à la séparation des églises et de l’Etat en 1905 :

   « En toute circonstance, nous entendons, nous désirons, nous souhaitons ardemment que tous les Français, à quelque croyance qu’ils appartiennent, puissent librement exercer leur culte. Mais il ne s’agit pas de religion : il s’agit de politique ; il s’agit de gouvernement ; il s’agit de domination. C’est ce qui fait la lutte si ardente. Ce n’est pas nous qui avons fait de lEtat laïque une religion ; c’est vous qui avez fait du catholicisme une politique. Et quelle politique.? Une politique de lutte sans merci contre toutes les revendications de la démocratie…

   Et quel pouvoir.! 40000 chaires, c’est-à-dire 40000 tribunes politiques obéissant, sans discussion, comme une armée bien disciplinée, bien commandée. Que faire vis-à-vis d’un si formidable pouvoir.? Eh bien nous croyons qu’il y a quelqu’un de plus fort que Louis XIV et que Napoléon Ier : c’est la France.! C’est la France, qui a des habitudes cultuelles, nous n’en disconvenons pas - et c’est une raison pour que nous nous préoccupions toujours d’assurer la véritable liberté religieuse en ce pays - la France qui a des habitudes cultuelles, mais qui a en horreur le gouvernement des curés.!...

   Faut-il céder.? Faut-il se faire humble.? Faut-il chercher l’apaisement à tout prix.? Eh bien voulez-vous que je vous dise la vérité.? Il n’y a, il ne peut y avoir ni paix, ni trêve entre la démocratie et la théocratie. »

   Ces déclarations guerrières ne peuvent être reprises cela va de soi. Mais elles donnent l’esprit d’une bataille à mener. Celle-ci sera sans pitié contre l’hydre islamiste, accueillante pour les fidèles des religions, mais sans se retenir pour les interpeller si la liberté de vie des femmes n’est pas respectée. Faut-il que le Président en parle.? Je ne sais pas. D’autres peuvent le faire. C’est le rôle du Conseil des imams de France. C’est à lui de diffuser l’esprit des Lumières auprès de tous les musulmans de France et dans toutes les mosquées du pays.

Bernard Poignant
10 octobre 2026