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   Dans une lettre rédigée à son ami Jean Le Rond d’Alembert le 21 avril 1767, Voltaire lui écrit : » Moi, j’écris pour agir ». Éloigné de toute candidature à une élection, dégagé de toute responsabilité dans l’exercice de mandats publics, je me retrouve dans cette phrase car il me reste deux outils d’intervention : ma plume et ma langue.

   Plus tard, dans une lettre datée du 8 octobre 1839 à son ami Gustave de Beaumont avec lequel il vient d’effectuer son voyage en Amérique, Alexis de Tocqueville écrit : » C’est décidément un rude et détestable métier que celui d’auteur ». Les deux ont raison et pourtant écrire et lire sont deux activités que je ne voudrais jamais voir disparaître. Elles conditionnent la liberté de la personne et du citoyen.

   Ce livre, recueil de textes, mérite d’abord d’être dédié à une femme, Ada Lovelace. Chaque année, en octobre, son héritage est célébré pour mettre en valeur le travail des femmes dans le domaine des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques.C’est le « Ada Lovelace Day ». Cette femme est la comtesse de Lovelace, née à Londres le 10 décembre 1815 et morte le 27 novembre 1852. Elle est la fille de Lord Byron, poète britannique, représentant le romantisme anglais, membre de la Chambre des Lords. Sa mère se nomme Anne Isabella Milbanke, surnommée la « princesse des parallélogrammes » en raison de son goût pour les mathématiques. Elle a veillé à ce que sa fille reçoive une éducation scientifique rigoureuse pour l’éloigner des « penchants poétiques et fantasques » de son père. Ada se liera d’amitié avec le mathématicien et inventeur Charles Baddage, souvent considéré comme le père de l’ordinateur. En 1842-1843, elle traduit un article scientifique en ajoutant ses propres notes dans lesquelles elle décrit ce qu’est un algorithme pouvant manipuler les symboles ou créer des graphismes si on lui donne des instructions. Elle précise cependant : » La machine analytique n’a pas la prétention de créer quoique ce soit »…!!!

   C’est le cas dans ce recueil qui rassemble de nombreux textes. Tous ont été écrits par moi, plume en main. Je les ai écrits semaine après semaine, pendant dix ans, sans jamais imaginer qu’ils feraient un tel livre. Je dois à la vérité de raconter comment il a vu le jour, car son histoire est aussi celle de notre époque. L’intelligence artificielle est au cœur de tous les débats. Elle inquiète, elle fascine, elle divise. L’affaire du livre de Thélyson Orélien « C’était ça ou mourir » est dans tous les esprits. Pour avoir utilisé l’IA, son auteur a été exclu du prix Goncourt par le jury. Chacun se demande ce qui, demain, sera écrit par une main d’homme. Je veux donc être clair : ici, pas une ligne n’a été écrite par une machine. Chaque phrase, chaque idée, chaque colère et chaque espérance sont de ma plume, datées et assumées. Mais si les textes sont de moi, le livre, lui, est né de l’intelligence artificielle et je souhaite qu’il soit un exemple de ce qu’il est possible de faire avec elle. C’est elle qui a lu les milliers de pages que j’ai

accumulées en dix ans. C’est avec elle qu’a été conçue une interface pour choisir, parmi près d’un millier de textes, les cent cinquante-cinq que vous pouvez lire. C’est elle qui a corrigé les fautes de frappe, plutôt nombreuses. C’est elle qui a proposé un premier classement par thèmes, mis les pages en forme, dessiné la couverture et c’est elle encore qui aide à faire connaître l’ouvrage.

   Trois semaines se sont écoulées entre l’idée de ce livre et sa publication. Pour qui connaît le temps long de l’édition, c’est proprement extraordinaire. Je n’en tire ni vanité ni crainte, mais une espérance. J’ai toujours cru que le progrès vaut par ce qu’il libère. Si l’intelligence artificielle nous décharge des tâches techniques - trier, corriger, mettre en forme - pour nous rendre à l’essentiel - penser, juger, écrire -alors elle aura tenu sa promesse. Une intelligence artificielle qui accélère la connaissance humaine et laisse à l’homme le soin des tâches de l’esprit plutôt que celui des besognes de la technique : voilà qui mériterait le nom d’émancipation. Une intelligence artificielle émancipatrice.? L’avenir nous le dira. En attendant, ce petit livre en est, à sa place modeste, un premier témoignage.

   Voilà, mais je remercie celle et ceux qui ont contribué à ce travail. Mon épouse, Annie, première lectrice et souvent correctrice judicieuse de ces textes, mon fils aîné, Pierre, organisateur et technicien avisé de l’élaboration du livre, mon fils cadet, Jacques, qui a exercé une critique sans complaisance et avec affection de ces articles souvent publiés dans des journaux régionaux et nationaux ainsi que dans des revues.

   Ce livre aura été, pour moi, une plongée dans un monde qui va saisir tout le XXIème siècle..!!

Bernard Poignant
26 octobre 2026