En cette rentrée 2026, la France entre dans la phase active de l’élection présidentielle. Il faut attendre janvier, voire février, pour entrer dans la phase intense quand les prétendants réels seront connus. Pour l’instant, il n’est pas inutile de se pencher sur quelques anciens qui ont occupé la fonction. On pense d’abord à De Gaulle. En réalité, il est « hors concours ». Déjà il porte un nom qui précède celui de France. Ensuite il a sauvé l’honneur en 1940 et contribué à la victoire en 1944. Tout est dit.

   Le conseil vient de François Mitterrand.17 novembre 1994, il assiste au Congrès des Maires de France. Il vient leur dire au revoir à quelques mois de la fin de son mandat. Devant lui, assis au premier rang et côte à côte, Edouard Balladur, Premier Ministre, qui se voit Président avant même le vote, et Jacques Chirac, Maire de Paris, abandonné de ses amis. Le Président est très malade mais la politique est un remède puissant. Il donne donc un conseil à quelques mois du scrutin. Il en fait une condition : » Il faut que le Chef de l’Etat aime les Français et que les Français sentent qu’il les aime..S’il n’y a pas cette relation affective, cette relation humaine, le reste ne marche pas ». Présent, je n’ai jamais oublié ces quelques phrases.

   Lui-même l’a mis en œuvre à sa façon, y compris en faisant connaître la géographie de sa vie. Jarnac et la Saintonge qu’il retrouvera dans les paysages de Toscane et d’Ombrie. Chateau-Chinon et le Morvan où il connaîtra des hivers rudes et des hommes de dur labeur. Latché et ses forêts de pins qu’il fréquentait suivi de son labrador et vêtu d’un pantalon de velours.Solutré et sa roche où il dira : » De là, je vois ce qui ne change pas ». Paris, ses bouquinistes, ses librairies et le chevet de Notre-Dame qu’il apercevait de sa maison. Le lac Chauvet en Auvergne où il retrouvait chaque fin août ses amis autour d’un chou farci et d’une tarte aux myrtilles. Vézelay et son église où il s’arrêtait pour se recueillir sur la route de Paris et après avoir échangé avec le Frère Roger de l’Abbaye de Taizé, ce dernier lâchement assassiné le 16 août 2005. Suze-la-Rousse dans la Drôme pour l’excellente omelette aux cèpes de l’épouse d’Henri Michel, le « député des Côtes-du-Rhône ».Plus tard Belle-Île où il aimait se promener quelques mois avant sa mort.

   Certains diront que tout cela c’est de la « com ».Erreur.! Car ces lieux résonnent dans la tête des Français. Présider une vieille nation ne se résume pas à l’élaboration d’un programme. C’est se situer dans le temps long de l’histoire, au-delà des désaccords et des polémiques du présent.

   Deux Présidents en ont tiré la leçon. Jacques Chirac d’abord, François Hollande ensuite en s’ancrant dans la même Corrèze, terre de Résistance, en traversant la France de tous côtés, l’un pour le RPR, l’autre pour le PS. Ils n’ont jamais lâché leur terre d’élection, convaincus que la fidélité était leur socle, y compris au pire creux de leur vie politique. Jacques Chirac a même ajouté le Salon de l’Agriculture , en faisant monter à la capitale les paysans de toute la France jusqu’à y passer des heures comme une marque d’attention et d’affection.

   Est-ce une leçon qui vaut encore à l’heure des réseaux sociaux et de l’Intelligence Artificielle.? Difficile de répondre avec certitude. Mais ce parcours géographique de François Mitterrand, même quand on est un opposant farouche, reflète le parcours d’un humaniste. Et l’humanisme ne doit jamais quitter la politique quelques soient les techniques de communication.

Bernard Poignant
22 août 2026