Par un décret daté du 17 mars 1808, l’Empereur Napoléon Ier créait le baccalauréat et en faisait le premier grade de l’Université, permettant à chaque lycéen reçu d’y accéder. La première session eut lieu en 1809 : les premiers bacheliers étaient au nombre de 31..Ce nombre n’a fait que grandir au fil des années et s’est accéléré après 1945.
La première vague qui ouvre ce que l’on a appelé la démocratisation de l’Université date des années 1960. Elle correspond aux nombreuses naissances des années 1943 et suivantes. Ce sont les premiers boomers dont beaucoup conservent encore bon pied , bon œil. En 1960, ils sont 215000 à accéder à l’enseignement supérieur, puis 500000 en 1968, l’année de l’explosion des mois de mai et juin 1968. C’est la première grande révolte étudiante mais le système tient encore sur ses bases.
La deuxième vague est consécutive à la décision du Ministre de l’Education Nationale en 1985 (Jean-Pierre Chevènement) de porter 80% d’une classe d’âge au baccalauréat. En même temps il crée le bac professionnel, gonflant ainsi le nombre de bacheliers pouvant accéder à l’enseignement supérieur. Ils étaient 1100000 en 1980. Ils seront 2000000 en 2000,3000000 aujourd’hui dont le plus grand nombre dans les Universités. Parallèlement, les bacheliers seront de plus en plus nombreux : 76% de réussite au bac général en 1976,96% en 2026..Autant dire tout le monde..
L’Etat a dû maîtriser cet afflux. Plusieurs méthodes ont été employées :
D’abord le système RAVEL de 1987 à 2009 (Recensement Automatisé des Vœux des Élèves). Les lycéens tapent leur code sur un Minitel (la préhistoire pour un lycéen de 2026..!!)chez eux ou sur un poste mis à leur disposition dans leur établissement. Chacun indique ses voeux et s’il est reçu se connecte pour savoir dans quelle université ou formation il est admis.
Ensuite le système APB de 2009 à 2018 (Admission Post Bac). Le lycéen formule 24 voeux en les hiérarchisant. Puis l’algorithme attribue les places selon l’ordre de ces voeux ou par tirage au sort pour les filières en tension.
Enfin Parcoursup de 2018 à aujourd’hui. Le candidat formule 10 voeux sans indiquer l’ordre de préférence. Chaque établissement universitaire fixe ses propres critères pour classer les dossiers. Il n’y a plus de tirage au sort. Dès qu’un bachelier a accepté une proposition, il libère ses autres voeux pour faire progresser la liste d’attente. Pour 2026,91% des lycéens ont reçu une proposition d’admission.Pour les 9% restant c’est une réelle difficulté.
En réalité, ces trois formules cachent une arrière-pensée qui s’appelle sélection pour l’entrée dans les Universités alors qu’elle existe pour les BTS, les IUT, les classes préparatoires aux grandes écoles. Le mot est un tabou ancien et tout Ministre qui s’y aventure pousse des milliers de jeunes dans la rue. Alors on oriente comme on peut en essayant de faire au mieux.La sélection finit par se faire, mais par l’échec. Beaucoup de jeunes échoueront dans les deux premières années d’études universitaires. Le taux d’échec définitif atteint 20% d’étudiants quittant l’enseignement supérieur sans diplôme. C’est considérable et c’est rendre un très mauvais service à ces jeunes, d’autant qu’un baccalauréat largement distribué lui fait perdre de la valeur.De plus c’est un coût pour l’étudiant, sa famille, la société.
Tout cela est une grande hypocrisie largement partagée. Qui osera rompre cette hypocrisie.? Qui trouvera une bonne solution acceptée à défaut de la sélection rejetée.?
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