2022 : AVEC OU SANS SOCIALISTE..??
Le congrès du Parti socialiste annoncé à l’automne aura plusieurs questions à trancher. Il sera le dernier congrès ordinaire avant l’élection présidentielle du printemps 2022. D’abord les orientations qu’il compte présenter aux Français non pas pour témoigner car, dans cette hypothèse, il suffit de protester et de crier plus fort que les autres, mais pour présider et gouverner la France. Dans ce cas, il faut construire un projet qui soit un mélange d’espoir et de réalisme, d’audace et de modération, d’utopie convaincante et de responsabilité gestionnaire. François Mitterrand, François Hollande et Lionel Jospin ont réussi cette alchimie délicate. Elle ne s’est pas faite en 2017. Mais c’est surtout la stratégie électorale qui risque de soulever les passions et d’entraîner de vifs débats.
Première question : le Parti socialiste aura-t-il un candidat à l’élection présidentielle de 2022.? C’est bien la première fois que cette interrogation est posée. Le Premier Secretaire a laissé entendre qu’il pourrait ne pas en avoir. Il a assorti cette éventualité de formules lapidaires et inquiétantes : « Peu importe » (France 2 le 28 juin, RTL le 29 juin) ou encore « Je m’en fous » (Le Monde des 14-15 juillet). C’est quand même un sujet grave qui mérite plus d’approfondissement et moins de propos à l’emporte-pièce. Une chose me paraît évidente : si tel était le cas, il faudrait une décision prise après consultation de tous les adhérents. Le Conseil national, le Bureau national, le Secrétariat national ne suffisent pas pour un tel choix. Noyer la question dans une motion de plusieurs pages n’est pas non plus adapté. Car il ne s’agit pas d’un choix de circonstance, ni un mauvais moment à passer en attendant des jours meilleurs, en se disant que la fois d’après, donc en 2027, tout redeviendra comme avant. Après l’effondrement de 2017 pour avoir choisi un candidat de la minorité frondeuse à l’élection présidentielle, après le renoncement pour les élections européennes pour avoir choisi une tête de liste d’un micro-parti inconnu des Français en 2019, après l’effacement de la référence socialiste dans la campagne pour les élections municipales en 2020, ce serait donc le choix de l’enterrement du parti de Jean Jaurès pour l’élection présidentielle de 2022. Ce serait un abandon à vouloir conduire la Gauche et donc la France. L’histoire ne repasse pas les plats. Cette consultation est prévue dans les statuts du PS au chapitre 6 et à l’article 3.6.1 :
« Sur proposition du Premier Secrétaire du parti, du bureau national, de 35 fédérations ou à la demande d’au moins 15% des adhérents (par rapport au nombre arrêté au 31 décembre de l’année précédente), le conseil national peut décider, après en avoir débattu et à la majorité des deux tiers de ses membres, d’organiser une consultation directe des adhérents en leur soumettant une question rédigée simplement. Le conseil national fixe les modalités de discussion collective et d’organisation des votes en découlant ».
Vous avez bien lu : « une question rédigée simplement «. Rien de plus simple que de demander si le Parti socialiste doit ou non avoir un candidat.
Deuxième question à aborder dès lors que le PS présente son candidat : comment le désigner.? Sauf en 1988 pour François Mitterrand et en 2002 pour Lionel Jospin, il y a toujours eu un vote d’investiture. Même en 1981, un vote des adhérents s’est déroulé. Il n’y avait qu’un seul candidat en lice : François Mitterrand. Il a obtenu 83% des suffrages et il y eut 17% de bulletins blancs. Cette procédure obligée avait été introduite dans le règlement intérieur adopté après les élections législatives de mars 1978. On retrouvera la même méthode en 1995 avec deux candidats : Lionel Jospin et Henri Emmanuelli. Le premier obtiendra 66% des voix, le second 34%.
La procédure commence à s’élargir pour l’élection de 2007. Le PS crée ce que l’on a appelé « les adhérents à 20 euros » leur donnant le droit de vote pour cette désignation, seulement pour elle, pas pour les congrès et conventions. Trois candidats sont sur la ligne de départ : Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. La première sera élue dès le premier tour avec près de 61% des voix.
Un nouvel élargissement du corps électoral sera décidé pour les primaires en octobre 2011 et en janvier 2017. Vient qui veut à condition de régler une petite somme d’argent et de signer un court texte qui n’engage pas beaucoup. A chaque fois il faudra deux tours pour départager les concurrents et le nombre de candidats grandit lui aussi : six en 2011, sept en 2017. Les statuts du PS sont formels en consacrant un article au mode de désignation du candidat socialiste (art. 5.3.1) :
« Le candidat à la Présidence de la République est désigné au travers de Primaires citoyennes (le choix de la majuscule indique l’attachement au processus) ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la gauche et co-organisées par les formations politiques de gauche qui souhaitent y participer. Les candidats aux primaires doivent s’engager à soutenir publiquement le candidat désigné et à s’engager dans sa campagne. Au moins un an avant l’élection présidentielle le conseil national fixe le calendrier et les modalités d’organisation des primaires ».
« Au moins un an », cela veut dire que le prochain congrès doit fixer les règles de cette désignation..!!
Pour 2022, la décision à prendre présente un caractère historique. L’élection présidentielle a été, à trois reprises le levier qui a permis à la gauche d’accéder au pouvoir : 1981,1988,2012. Deux socialistes ont réussi cette prouesse de se faire élire par une majorité de Français avec le même score de second tour pour François Mitterrand en 1981 et François Hollande en 2012. Une autre victoire, législative cette fois, conduite par Lionel Jospin, a permis de mener la gauche plurielle à la direction du pays. Mais l’élection présidentielle a aussi réservé de lourds déboires : Lionel Jospin éliminé par la division en 2002, Ségolène Royal battue par la droite en 2007, François Hollande empêché par les siens en 2017, Benoit Hamon effondré cette même année. Avec 6,36%, rassemblant écologistes et socialistes, combien d’électeurs se recommandaient de la sensibilité socialiste, forcément moins que ces 6,36%, sauf à compter pour zéro l’apport écologiste.
Le drapeau socialiste était donc à terre il y a trois ans. Ce n’est pas une raison pour l’enterrer dans deux ans. Qu’il y ait un accord d’union entre plusieurs formations politiques de gauche, nul ne le conteste. De là à renoncer à ce que le PS pilote cet accord, il y a une grande marge. Et un tel accord peut et doit se faire sans esprit d’hégémonie et sans comportement d’arrogance.
1 commentaire
Laisser un commentaire