« Trahison ». Le mot est lâché par l’eurodéputée Manon Aubry, une des dirigeantes des Insoumis. Trahison des socialistes qui acceptent de répondre à l’invitation du Président pour tenter un compromis évitant le blocage du pays. Pire, ils acceptent de discuter des conditions qui éviteraient la censure d’un nouveau gouvernement dès lors que l’Assemblée Nationale ne peut être dissoute avant le 8 juillet 2025. »Trahison » relayée par Jean-Luc Mélenchon qui reproche aux socialistes de rencontrer le Président alors qu’ils n’ont pas de mandat, sous-entendu donné par lui. Mais ils sont libres de leurs choix. Il n’existe pas d’Inspecteur Général du Socialisme. D’ailleurs les Insoumis sont-ils toujours de gauche quand ils quittent le chemin de l’humanisme laïc pour côtoyer celui de l’antisémitisme, quand ils s’éloignent de l’universalisme au profit d’un communautarisme à finalité électorale.? Là encore ce sera au peuple de juger le moment venu si une nouvelle dissolution survient et certainement lors de la présidentielle en 2027.

   Que les socialistes se rassurent et revisitent leur histoire. Ce n’est pas la première fois qu’une telle accusation leur arrive. Dans les années 1930 ils furent qualifiés de « sociaux-traîtres » par les communistes qui se disaient la « vraie gauche ». Son secrétaire général, Maurice Thorez, ira jusqu’à qualifier Léon Blum de « reptile répugnant ». Dans les années 1970 les socialistes français sont encore accusés de trahir la gauche en fréquentant les sociaux-démocrates européens dont l’allemand Willy Brandt et le suédois Olof Palme. Si la social-démocratie a des défauts, elle n’a pas inventé le goulag. Puis dans les années 1990, nouvelle accusation de « social-libéralisme ». Lui non plus n’est pas parfait mais il est préférable à un social-totalitarisme qui est son contraire.

   Puisqu’un Nouveau Front Populaire a été mis en place pour les élections légistatives de l’été dernier, il faut écouter l’homme du vrai Front Populaire. Lors du congrès du Parti socialiste qui se tient à Paris du 29 août au 1er septembre 1946 au Palais de la Mutualité, Léon Blum défend la ligne du réformisme face à celle du marxisme de Guy Mollet. Le PCF est puissant et domine la gauche dans les élections de 1945 et 1946. Les congressistes sont tétanisés par cette situation. Il s’adresse avec le même courage qu’en 1920 quand il refuse dans un congrès à Tours l’allégeance au communisme de Lénine :

   « Je crois que le Parti a peur. Il a peur du qu’en-dira-t-on communiste. C’est avec anxiété que vous vous demandez à tout instant : « Mais que feront les communistes? La polémique communiste, le dénigrement communiste agissent sur vous, vous gagnent à votre insu et vous désagrègent. Vous avez peur des électeurs, peur des camarades qui vous désigneront ou ne vous désigneront pas comme candidats, peur de l’opinion, peur de l’échec…ne dissimulez pas le véritable visage du socialisme. Exagérez-le encore plutôt que de le masquer ». Remplacer communistes par insoumis et le même schéma de pensée se reproduit.

   Dans ce moment chaotique de notre vie politique, c’est Léon Blum qu’il faut écouter. Il fait le choix de la liberté contre la peur, le choix de l’émancipation contre la soumission. L’histoire ne se répète jamais. Il arrive qu’elle bégaie..!!

Bernard Poignant
26 août 2026