François Mauriac disait aimer tellement l’Allemagne qu’il préférait qu’il y en ait deux. C’était au temps de la guerre froide. Jean-Pierre Chevénement aimait dire que la construction européenne était la réponse à la question allemande, même s’il préférait une Europe avec moins de transferts de souveraineté. Il est vrai qu’après chaque grande guerre, la clé de la paix réside dans un accord franco-allemand préalable. Après le traité de Versailles de juin 1919, deux Ministres des affaires étrangères, le Français Aristide Briand et l’Allemand Gustav Strésemann, signent le 16 octobre 1925

Les Accords de Locarno, garantissant les frontières occidentales de l’Allemagne ( pas les orientales.! ) et renonçant à la guerre. Ces Accords leur vaudront le prix Nobel de la Paix en 1926. Puis le 5 septembre 1929, À.Briand présentera son projet d’Union fédérale européenne devant la Société des Nations à Genève. Tout cela effacé par l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933.

   Après 1945, la réponse française viendra de Robert Schuman, Ministre des affaires étrangères et de sa Déclaration prononcée au Quai d’Orsay. Elle débouchera sur deux traités, celui de 1951 sur la charbon et l’acier mis en commun et celui de 1957 établissant un marché commun mais échouera sur une défense européenne commune en 1954. Dommage.!

   Après ces deux guerres, le prochain choc politique viendra de la fin définitive de la guerre froide par la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et la fin de l’URSS le 25 décembre 1991. Entre ces deux dates l’Allemagne se réunifie. Ce sont le Président Mitterrand et le Chancelier Kohl qui trouveront la réponse. Le Chancelier déclarera sa préférence pour une Allemagne européenne plutôt que pour une Europe allemande. Le Président exigera la reconnaissance par l’Allemagne de sa frontière avec la Pologne sur la ligne Oder-Neisse. L’un et l’autre annoncent renoncer à leur monnaie pour en faire une commune, l’euro. C’est le fruit de deux Hommes d’Etat, pétris d’histoire.

   Nouveau choc le 24 février quand la Russie envahit l’Ukraine. Cette agression fut précédée de l’invasion de la Géorgie en août 2008 et l’annexion de la Crimée en mars 2014. Aujourd’hui la guerre fait rage en Ukraine et l’Europe doit muscler sa défense. Chaque pays doit-il le faire de son coté, l’Allemagne venant d’annoncer 100 milliards pour avoir la plus forte armée conventionnelle d’Europe.? Ou doit-on construire cette défense européenne ratée en 1954.? C’est au couple franco-allemand à donner le ton.

   Puis arrive ce choc électoral le 6 septembre 2026 avec la victoire de l’extrême-droite en Saxe-Anhalt. C’est la première fois depuis 1945 qu’un land sera présidé par un parti d’extrême-droite. Mais ce n’est pas la première fois en Allemagne. Ce fut le cas en Thuringe en 1932 quand le parti nazi en prend la direction avec le gauleiter Fritz Stauckel. Ce parti était déjà entré dans le gouvernement de ce land en 1929 avec Wilhem Frick nommé Ministre de l’Intérieur et de l’Education.

   Faire une comparaison avec ces années 1930 n’est pas pertinent sur tous les aspects. Faire un rapprochement le mérite. Et comme depuis 1919, tout repose sur une entente solide entre France et Allemagne. Sans elle, les mauvais penchants de l’histoire peuvent se réveiller.

Bernard Poignant
9 septembre 2026