DE CANDIDAT À CHEF D’ÉTAT…!!!

   Interrogé sur sa succession lors de sa conférence de presse le 15 mai 1962, De Gaulle répond : » Ce qui est à redouter ce n’est pas le vide, c’est le trop plein ». Il avait vu juste. La liste est déjà longue et peut s’allonger. Les parrainages exigés, les finances obligées, la logistique nécessaire finiront par opérer une sélection.

   En attendant, il ne suffit pas de se déclarer candidat pour se croire Chef d’Etat et en avoir la trempe. En effet, les Français vont élire un Chef des Armées, celui qui décide de déclencher une opération extérieure qui peut conduire à la mort de soldats. Il dispose du feu nucléaire. Il sera l’interlocuteur des trois empereurs du monde, l’américain Trump, le russe Poutine, le chinois Xi Jinping, Il siégera comme membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU et pourra opposer son véto à des guerres. Il sera membre du Conseil européen, avec, là encore, un droit de véto sur certains sujets, pouvant ou non bloquer une décision européenne. D’autant que le Président est irresponsable par la Constitution, non pas moralement mais juridiquement. Il n’est même pas autorisé à pénétrer dans l’hémicycle des deux Chambres. Il s’adresse aux parlementaires seulement par messages.

   On ne s’improvise donc pas Chef d’Etat. Avec tout le respect qu’on lui doit, le Président français n’est pas le Roi d’Angleterre…!!! Son agenda sera largement occupé par la politique internationale, notamment européenne. Par obligation, il recevra beaucoup et voyagera souvent. Il y a 193 pays à l’ONU. Ils sont très nombreux à entretenir des relations avec la France. Le Président a le devoir d’honorer ces relations, souvent fécondes pour notre économie.

   Certes la campagne électorale abordera largement les sujets de politique intérieure, dont beaucoup dépendent désormais de l’état du monde comme de celui du climat. Ces sujets sont essentiels pour la vie quotidienne de chaque Français. Mais, au-delà, il faut que le vainqueur s’habille dans le costume d’Homme d’Etat et il faut le voir déjà dans la campagne.

   Définir les qualités qu’il faut réunir pour être qualifié de cette stature n’est pas facile mais Laurent Fabius en a fait une définition dans le No 25 de la lettre de l’Institut François Mitterrand daté de septembre 2008. Elle n’était pas sans arrière-pensée puisqu’il se retrouvait dans cette définition et à juste titre.. Celle-ci mérite d’être connue :

   « Il faut rappeler ce qu’est un Homme d’Etat et témoigner qu’il en a jadis exister et que nous en avons rencontré. Notre époque est assez étrangère, pour ne pas dire hostile, à cette catégorie de responsables. C’est en effet une créature bien particulière puisqu’il préfère le suffrage au sondage. Il cherche à éclairer le peuple et se méfie de l’opinion. Il met en avant la politique au lieu de mettre en scène ses sentiments. Il croit à la raison, à l’argumentation. Il connaît l’histoire et prépare l’avenir, ce qui lui vaut le plus souvent d’être boudé par l’audimat, dès lors que seul l’instant devient porteur et que seul l’éphémère est vendeur. Comble des combles, l’Homme d’Etat jouit d’une certaine expérience et, horresco référens, il souhaite qu’elle soit utilisée dans l’intérêt général.! C’en est décidément trop pour la société du bling-bling, qui préfère faire l’économie de cet encombrant type de personnage..L’Homme d’Etat est celui qui sait anticiper, décider et résister, et le faire au nom de l’intérêt général.! »

   C’est bien vu en 2008, très actuel en 2026 avant d’être très présent en 2027..!!

Bernard Poignant
21 septembre 2026