Les Européens sont appelés à élire, pour cinq ans, entre le 6 et le 9 juin leurs députés au Parlement de Strasbourg. Ils seront 720 dont 79 pour la France. L’élection s’étale sur quatre jours car tout le monde ne vote pas le dimanche.

   Les députés se rassemblent par groupes politiques et par délégations nationales. . Mais les comportements peuvent changer en cours de mandat. Une délégation nationale dont le parti est membre du Gouvernement de son pays n’a pas toujours la même position que s’il est dans l’opposition. Il n’y a donc pas de discipline de groupe. La notion de frondeur n’existe pas.

   On retrouve ces évolutions en cours de mandat dans le Conseil européen qui réunit les 27 Chefs d’Etat et de Gouvernement au rythme des alternances. Chaque pays élit ses Chefs d’Etat et ses parlementaires selon son propre calendrier et avec le mode de scrutin de son choix sauf pour les cinq monarchies et le Grand Duché qui ont des Chefs d’Etat héréditaires. Il y a une exception française : c’est le Président de la République qui participe au Conseil, seul dans ce cas. Les autres sont des Chefs de Gouvernement.

   Cette année, il y a une particularité : six élections présidentielles et six élections législatives sont prévues. Les décisions des électeurs nationaux sont essentielles pour le Conseil quand il doit décider à l’unanimité. Il suffit d’un seul pour tout bloquer. On le constate avec le dirigeant hongrois, Viktor Orban, qui tend à monnayer la levée de blocage de son véto. A contrario l’élection polonaise a débloqué ce véto.

   C’est différent quand les directives doivent être votées à la majorité qualifiée et non plus à l’unanimité. La Commission de Bruxelles les propose. Le Conseil européen approuve quand 55% des Etats membres représentant 65% de la population de l’Union sont favorables. Pour bloquer il faut réunir 4 Etats totalisant plus de 35% de la population. Au Parlement il faut réunir la majorité de ses membres ( et non des suffrages exprimés ) pour que la directive soit approuvée. Avec 720 députés cette majorité sera de 361 députés à compter de juin.Longtemps le Parti socialiste et le Parti populaire totalisaient ce nombre de membres après s’être mis d’accord, donc entre la gauche et la droite..!! Depuis 2019, il faut un troisième groupe, centriste ou écologiste. Si cela ne suffit pas demain, faudra-t-il se tourner vers les deux extrêmes.? Mieux vaut y réfléchir avant de voter. Sinon c’est le blocage.

   Ce système est compliqué et très éloigné de notre Constitution. Celle-ci donne des leviers solides au Président et au Gouvernement. L’esprit européen est différent : aucun pays, aucun parti, aucun groupe ne peut à lui seul décider pour les autres. L’esprit de domination, impérial ou dictatorial, a été rejeté. Même la Présidence du Parlement change au milieu du mandat et son nouveau titulaire appartient à un autre groupe. Les présidences des 20 commissions sont réparties entre les groupes. Il faut donc bâtir des coalitions, élaborer des compromis.

   Pour les Français c’est étonnant de voir un député de droite et un député de gauche présenter ensemble ce que l’on appelle à Strasbourg un amendement de compromis. Ce mot de neuf lettres relève du vocabulaire courant en Europe. En France il est assimilé à compromission.Pourtant un Parlement est fait pour parlementer et rechercher dans le compromis le chemin de l’intérêt général.

Bernard Poignant
3 septembre 2026