Les mouvements régionalistes en France ont le chic d’avancer des revendications qui n’aboutiront pas tant elles supposent un changement profond de la Constitution : statut particulier pour certaines régions, révision de l’article 2 de la Constitution, statut de résident, co-officialité d’autres langues que le français, intégration des écoles associatives dans l’éducation nationale à leurs conditions, ratification de la Charte des langues régionales pourtant censurée par le Conseil Constitutionnel, reconnaissance d’un peuple autre que le peuple français. Rien de tout cela n’a abouti. Aujourd’hui une nouvelle revendication fait surface : l’autonomie de chaque région dans une France fédérale, sur le modèle des pays qui nous entourent : Royaume-Uni et ses dévolutions, Allemagne et ses Länder fédérés, Espagne et ses provinces autonomes, Italie et son Etat régionalisé.

   En France, cette idée vient de loin. Au XIXème siècle, le socialiste libertaire Joseph Proudhon (1809-1865) prônait un fédéralisme culturel et régionaliste. En 1863 il développe cette idée dans son livre « Du principe fédératif ». Le poëte provençal Frédéric Mistral (1830-1914) militera pour une France fédérale autour de la culture, de la langue et des traditions occitanes. Avec d’autres il crééra le mouvement « Félibrige », du mot « Félibre » qui signifie en provençal « poète » ou « Docteur de la loi ». En 1892, le mouvement « Les jeunes Félibres », autonomiste et fédéraliste, réclame des assemblées souveraines pour les provinces. Charles Maurras (1868-1952), fondateur de l’Action Française, appuiera le mouvement en prônant la restauration des anciennes provinces contre le « centralisme républicain ». Dans un discours à Bordeaux le 29 juin 1895, Maurice Barrès (1862-1923) devant un comité de personnalités dénonce la bureaucratie étatique et plaidera pour le fédéralisme résumant en quelques mots sa pensée : » Familles d’individus, voilà les communes ; familles de communes, voilà la région ; familles de régions, voilà la nation ; une famille de nations voilà l’humanité fédérale où nous tendons en maintenant la patrie française ».

   Moins connu, un militant de cette cause fut Jean-Charles Brun (1870-1946), professeur agrégé de lettres à Montpellier.Félibre engagé il fonde en mars 1900 la Fédération Régionaliste de France » qui « plaide pour l’autonomie des régions ». Il fut qualifié « d’apôtre du régionalisme ».

   Dans ces milieux transpartisans, mêlant socialistes libertaires et utopistes, anarchistes hostiles à l’Etat, régionalistes conservateurs, nostalgiques des temps anciens et monarchistes réactionnaires, un espoir naît en 1940 avec la politique de l’Etat Français à Vichy. Le Maréchal prône en effet le retour aux anciennes provinces car les départements sentent la Révolution.Son projet de Constitution de 1943-1944 qui ne verra jamais le jour prévoyait une division de la France en provinces administrées par un Gouverneur assisté d’un Conseil Provincial. Mais la France reprendra le cours de son histoire avec la Libération et le Général De Gaulle.

   On peut toujours se tromper mais à l’horizon d’une vie humaine et des prochains quinquennats il est peu probable que cette vision de la France et de ses régions (elles sont 13 dans l’hexagone plus celles d’Outre-Mer) voit le jour car l’autonomie dans une France fédérale serait valable pour toutes les régions, pas pour une seule et l’île de France serait la grande bénéficiaire. Mieux vaut y réfléchir. Il faudrait au moins qu’un tel projet soit validé par le suffrage universel. Comme c’est un projet bouleversant la France, il faut qu’en 2027 un candidat le porte clairement pour vérifier son degré d’adhésion par le suffrage universel.

Bernard Poignant
13 août 2026