Octobre ouvre la saison budgétaire pour l’Etat et la Sécurité sociale. Autant arrêter de se mentir : les Français ne veulent pas que la dépense publique diminue. Les dirigeants ont beau faire. Ils se heurtent à cette résistance. La dette publique atteint pourtant plus de 3500 milliards d’euros. Ils s’en affolent en l’entendant. Ils l’oublient en se réveillant. Tous veulent payer moins d’impôts mais exigent des services publics performants, proches d’eux et peu coûteux. Il y a dans notre identité nationale cette part de schizophrénie qui rend la tache gouvernementale impossible ou périlleuse.

   Sur ce sujet, il n’y a rien de nouveau sous le soleil de l’Etat. En 1926, André Tardieu, Président du Conseil à trois reprises, est en campagne législative à Belfort. Dans sa profession de foi, il dit vouloir « restaurer dans le public, la confiance ; dans le Gouvernement, l’autorité ; dans les Chambres, la méthode ; dans l’administration, l’économie ». Déjà, l’économie.!! En 1938, Edouard Daladier, Président du Conseil, crée un « Comité de réorganisation administrative « avec pour objectif de traquer les dépenses inutiles. Sans tarder la presse le baptisera « Comité de la hache ». Son Ministre des finances, Paul Reynaud, mettra en œuvre la réforme de l’Etat en déclarant : « La suppression d’emplois ne sera pas faite au hasard, mais après une étude approfondie des besoins de l’Etat ». Même en 1945, le Général de Gaulle tranche pour l’inflation de René Pléven, son Ministre des finances, contre la rigueur de Pierre Mendès-France, son Ministre de l’économie, qui démissionnera.

   Franchissant les années, on se souvient de la Révision Générale des Politiques Publiques du Président Sarkozy et de sa suppression d’un fonctionnaire sur deux. Il a du arrêter le mouvement.! On se rappelle de la Modernisation de l’Action Publique du Président Hollande. Il créait 60000 emplois pour l’Education nationale en stabilisant le nombre total des fonctionnaires d’Etat. Les guerres et le terrorisme ont obligé à réviser le projet. Le Président Macron a annoncé dans sa campagne de 2017 la suppression de 120000 emplois dans les trois fonctions publiques. Il a dû réviser le nombre à la baisse. Il a créé une Délégation Interministérielle à la Transformation Publique. Sans suite.

   Il suffit de parcourir la presse quotidienne pour mesurer les besoins des professionnels de chaque secteur et les attentes des usagers qu’ils servent. Les pompiers réclament plus de moyens, les urgentistes plus d’effectifs, les EPHAD plus de personnels, les douaniers des primes, les sauveteurs en mer un meilleur matériel, les gardiens de prisons plus d’agents pénitentiaires, l’éducation nationale plus de professeurs, les habitants un bureau de poste et une maternité proches de chez eux. La liste n’est pas close.Les demandes des gilets jaunes et les conclusions du grand débat national n’ont pas débouché sur une réduction de la dépense publique, au contraire et les demandes des syndicats enseignants et du mouvement lycéen ont récemment demandé de mettre 10 milliards sur la table. En bref, on ne peut pas demander à l’Etat de grossir par les revendications et de maigrir par moins d’impôts, taxes ou cotisations. Il ne peut pas être à la fois obèse par ses dépenses et anorexique par ses recettes…!!!

   Il faut donc revenir à des positions réalistes : la dépense publique n’est pas un mal en soi si elle rend le service attendu ; l’impôt n’est pas une horreur absolue s’il est juste dans son calcul et sa répartition, et bien utilisé. Les idéologies de Tatcher et Reagan ont sapé depuis 40 ans l’esprit solidaire et le sens collectif qui sous-tendent la notion même de service public. Nous avons oublié que pendant longtemps on parlait moins d’impôts que de contributions directes et indirectes. Le mot impôt résonne comme une contrainte au détriment de l’indidualisme et le mot contribution rappelle le besoin de solidarité dans une collectivité. Le seul et vrai problème, c’est la dette que l’on doit freiner et réduire car c’est un boulet pour les futures générations. La sagesse voudrait que les fruits annuels de la croissance soit au moins en partie consacrés à cet objectif.

Bernard Poignant
12 octobre 2026