Les doléances, selon le dictionnaire, sont des requêtes adressées à une autorité politique. Elles signifient aussi qu’il peut s’agir de « déplorer des malheurs personnels, faire des remarques ou exprimer un souhait ». Toujours selon le même dictionnaire. Je vous écris donc sous forme de lettre ouverte puisque votre mouvement se refuse à désigner par la voie démocratique des représentants mandatés pour discuter.
J’ai commencé par vous comprendre au mois de novembre sans approuver vos méthodes. Bloquer la circulation, risquer la vie d’automobilistes, cyclistes ou piétons (10 morts à ce jour), détruire des radars destinés à la sécurité routière, incendier des péages, agresser des policiers, s’en prendre à des domiciles privés d’élus du peuple, insulter le Président de la République (et même le décapitrer.!!) et son épouse, réveiller un antisémitisme latent, souiller l’Arc de Triomphe, faire appel au Général de Villiers pour remplacer le Premier Ministre, empêcher l’impression et la diffusion de journaux, entrer par force dans un ministère, boxer un gendarme...j’en passe et pas des meilleures. Vous pouvez dire qu’il ne s’agit pas de votre mouvement mais celui-ci a permis ces dérives et ces outrances.
Tout cela ne peut m’amener à passer de la compréhension au soutien. Le prix du carburant et le contrôle technique ont vite laissé la place à d’autres slogans repris en coeur dans les manifestations. Il fallait qu’Emmanuel Macron « dégage » sans dire qui devait le remplacer. L’Assemblée Nationale devait être dissoute toujours sans dire quelle majorité était souhaitée. Maintenant il est annoncé une liste aux élections européennes toujours sans dire à quel groupe les éventuels députés s’affilieraient à Bruxelles et Strasbourg. Les institutions de la France et de l’Europe ne sont pas un jeu de bonneteau.
Votre mouvement de décembre et janvier n’est donc plus le même que celui de novembre. Le RIC (référendum d’initiative citoyenne) est apparu récemment sur les pancartes des manifestations. C’est une proposition avancée en 2017 par Le Pen, Mélenchon et Dupont-Aignan. Les Français ne l’ont pas retenu. Elle mérite d’être discutée en évitant démagogie et manipulation.
Mais depuis quelques semaines il y a pire et c’est ce qui m’a motivé à vous écrire. La haine a refait surface. Haine tous azimuts : envers le Président et son épouse d’abord mais beaucoup d’autres : députés, élus en général, technocrates, hauts fonctionnaires, immigrés, juifs, homosexuels, hommes et femmes de couleur…et je dois en oublier.
La haine n’est pas un désaccord politique et social. Elle est un poison qui s’infiltre dans la société, la pénètre et la contamine, brise la cohésion nationale, empêche la discussion puisque l’autre est ennemi plus qu’adversaire et même pas concurrent. La civilisation consiste à refouler cette haine car demain des démagogues chercheront à l’alimenter et à l’utiliser pour accéder au pouvoir. Le peuple n’est pas haineux. Seule la foule l’est. La responsabilité d’un mouvement, fusse-t-il inorganisé comme le vôtre, est de la refouler le plus loin possible, car elle est la part mauvaise de la France. Il y a d’évidence des personnes sincères et généreuses dans votre mouvement. Personne ne dit le contraire. Voilà pourquoi il faut chasser cette haine que l’on a revue.
Il ne faut jamais oubler cette leçon du passé : les peuples font l’histoire mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Et le pire peut arriver à tout instant. Sachez aussi que l’histoire est rusée et peut prendre des formes que l’on regrette ensuite.
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