le Rassemblement National est un parti légal au sein de la République. Ses alliés également. Les institutions ont été toujours respectées par eux. Leurs candidats prennent acte du résultat des élections. Depuis la création du Front National le 5 octobre 1972, ses dirigeants n’ont fomenté aucun coup d’Etat. Pourquoi alors les exclure de l’arc républicain si on s’en tient à ces critères.? Il ne faut pas oublier que 12 à 13 millions de nos concitoyens leur ont accordé leurs suffrages depuis 2022. Ceux-là seraient-ils à exclure de la communauté nationale.? Mieux vaudrait les convaincre de changer leur choix.
Pourtant, depuis près de deux siècles et à plusieurs occasions, des coalitions se sont mises en place pour barrer la route du pouvoir à l’extrême-droite, expression qui date de la crise boulangiste quand le général Georges Boulanger est poussé à s’emparer de l’Elysée par un coup d’Etat qui n’aura pas lieu.. Il y a donc des raisons plus profondes que le seul respect des procédures institutionnelles.
Longtemps l’extrême-droite s’identifiait à un retour en arrière. Elle voulait revenir à la période antérieure à la Révolution de 1789. Elle était monarchiste et s’incarnait dans trois familles, légitimistes avec les Bourbons, libéraux avec les Orléans, césaristes avec les Bonaparte. Elle perd définitivement quand les Républicains détiennent les pouvoirs politiques : Présidence de la République, Gouvernement, Chambre des députés et Sénat. On est en 1879 quand le royaliste Mac Mahon démissionne de la Présidence, remplacé par le républicain Jules Grévy. La France ne retrouvera plus une dynastie héréditaire. Ce sont les électeurs qui ont fait ce barrage.Sous cette forme, l’extrême-droite est battue mais ses idées ne mourront pas. Des contextes et des occasions la verront remonter à la surface.
Ainsi, dès la fin du XIXème siècle, la menace revient. Cette fois un Gouvernement de « Défense républicaine » se constitue autour de Pierre Waldeck-Rousseau (22 juin 1899-3 juin 1902). Il réunit des républicains modérés, des radicaux et même le socialiste Alexandre Millerand soutenu par Jean Jaurès. La République est alors menacée par une droite nationaliste, antisémite et cléricale très agressive, notamment au moment de l’Affaire Dreyfus qui suscite un courant d’antisémitisme puissant dans le pays. L’année précédente, le 13 janvier 1898, le journal « L’Aurore » de Georges Clémenceau a publié à la Une la lettre d’Emile Zola au Président de la République, Félix Faure. Son titre : » J’Accuse ». De plus le scandale de Panama n’est pas oublié. Il a éclaté le 20 novembre 1892 révélant une affaire de corruption liée au percement du canal de Panama. Elle éclabousse plusieurs hommes politiques et des industriels. Clémenceau lui-même fut mis en cause. À tort. Belle occasion pour l’extrême-droite de s’en prendre à La République..!! Parmi les anti-dreyfusards figure Paul Déroulède, fondateur de la Ligue des patriotes, farouchement opposé au régime parlementaire qu’il juge faible et corrompu. Le 16 février 1899 meurt le Président Félix Faure. Ses obsèques nationales se déroulent le 23 février. Paul Déroulède veut profiter du retour des troupes vers leurs casernes pour entraîner l’armée dans une marche vers l’Elysée. Il compte sur le général Roget mais celui-ci refusera de participer à cette tentative de coup d’Etat. Parmi les réactions, le Président du Conseil Waldeck-Rousseau organisera le premier « Banquet des maires » dans le jardin des Tuileries. Ils seront 22278 venus de toute la France. Waldeck-Rousseau veut cette démonstration de force pour faire de ces maires les fers de lance d’une République forte, unie, soutenue par les élus locaux et les citoyens. Cette séquence politique a tout d’un Front républicain..!!
Quelques années plus tard, il reviendra au Front Populaire de faire barrage à une nouvelle menace contre la République.Les ligues d’extrême-droite sont actives et puissantes. Celle du Colonel De La Roque, les Croix de Feu, est bien organisée et se prépare à accéder au pouvoir à l’occasion des élections législatives du printemps 1936. La crise économique et sociale des années 1930 a atteint la France, même avec retard. Un scandale éclabousse à nouveau le personnel politique. Il a éclaté en janvier 1934 et a failli provoquer le renversement du régime républicain. Alexandre Stavisky est un escroc de haut vol qui a entrainé des hommes politiques dans ses affaires louches. On le retrouvera mort, suicidé ou assassiné, dans un chalet à Chamonix. Une manifestation sera organisée place de la Concorde le 6 février 1934 avec une tentative d’invasion de la Chambre des députés. La réaction par le Front Populaire sera la réponse. Car il y a des dirigeants français attirés par les pouvoirs forts installés en 1922 en Italie avec Mussolini, en 1932 au Portugal avec Salazar, en 1933 en Allemagne avec Hitler et Franco ne va pas tarder en Espagne..!! Le Front Populaire ne réunit pas seulement les trois partis de Gauche. Il agrège la Ligue de la Jeune République, mouvement issu du « Sillon » de Marc Sangnier. C’est une formation d’inspiration chrétienne qui a rejoint la coalition par anti-fascisme. Elle obtiendra 4 sièges et un Sous-Secrétariat d’Etat au Travail puis à la Marine avec Philippe Serre. Ses 4 députés feront partie des 80 qui refuseront les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Ce Front se veut très large et s’illustre par le discours dit de la » main tendue »de Maurice Thorez, Secrétaire Général du Parti communiste.. Il s’adresse le 17 avril 1936, sur Radio-Paris, aux chrétiens en ces termes : » Nous te tendons la main, catholique, ouvrier, employé, artisan, paysan, nous qui sommes laïques, parce que tu es notre frère et que tu es comme nous, accablé par les mêmes soucis ». Certes l’ordre de s’unir vient de Moscou mais on est bien dans la logique du barrage à l’extrême-droite. Un Front républicain de l’époque.
C’est la défaite de 1940 qui réussira à renverser la République, à lui substituer un « Etat français » et à changer sa devise au profit de « Travail, Famille, Patrie ». Cette arrivée de Pétain aux affaires fera dire à Charles Maurras dans le journal « Action française » du 9 février 1941 : » C’est une divine surprise », car il voit là l’opportunité de reconstruire la France sur des bases monarchistes et traditionnelles. Cette fois en effet, l’extrême-droite triomphe sous l’aile de l’occupant allemand et de son idéologie nazie incarnée par le statut des juifs d’octobre 1940 et la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942. La première réaction ne sera pas celle d’un Front mais celle d’un homme : le général de brigade deux étoiles Charles De Gaulle. Il conduira la Résistance et à l’occupant et à l’idéologie nazie, d’abord seul et peu accompagné. Puis un Front se formera. Ce sera le Conseil National de la Résistance installé le 27 mai 1943 sous la présidence de Jean Moulin. La victoire acquise, la République revient par l’ordonnance du 9 août 1944 qui efface juridiquement le régime de Vichy. Son intitulé officiel est le suivant : » Ordonnance relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental ». L’article 1er affirme un principe fort et clair : » La forme du Gouvernement de la France est et demeure la République. En droit celle-ci n’a pas cessé d’exister ». Parmi les politiques décidées par Vichy, il y aura l’interdiction aux juifs d’exercer certaines professions alors qu’ils sont français et l’annulation des naturalisations accordées depuis la loi du 10 août 1927. Le décret-loi d’annulation a été pris le 22 juillet 1940. Pétain et Laval n’ont pas tardé. Environ 15000 personnes ont été dénaturalisées pour des motifs politiques, raciaux ou antisémites. L’occupant n’en demandait pas tant.! L’extrême-droite aura donc gagné une fois en 1940 avant de perdre en 1945
Une autre menace sera contrecarrée par le général De Gaulle, alors Président de la République : la tentative de coup d’Etat par un putsch de généraux du 21 au 26 avril 1961. Ceux-ci annoncent que l’armée a pris le contrôle de l’Algérie et du Sahara. Il faudra le déclenchement de l’article 16 de la Constitution, la fermeté du Général et la réaction vive et rapide des citoyens pour arrêter ce projet. Le barrage est à la fois dans la Constitution par l’article 16, mais le peuple fait Front républicain comme un réflexe. L’extrême-droite doit reculer.
Depuis 25 ans, les réactions et les stratégies s’enchaînent pour freiner puis empêcher l’extrême-droite de conquérir des postes de pouvoir. En mars 1998, au lendemain des élections régionales, le Premier Ministre, Lionel Jospin, et le Président, Jacques Chirac interviennent solennellement pour condamner ceux qui s’allient aux élus du Front National pour conserver leurs fonctions exécutives. Dès le soir du 21 avril 2002 et l’élimination de Lionel Jospin pour le second tour de la présidentielle, un réflexe de barrage à JM le Pen retentit sans avoir besoin de consignes venant d’en haut. J.Chirac lui-même refusera de se prêter au traditionnel débat entre les deux candidats du second tour. Pas question de discuter avec JM Le Pen. Enfin, récemment, devant le risque réel d’une large majorité à l’Assemblée Nationale pour le RN et ses alliés, un Front républicain s’est constitué, avec des élus de droite, de gauche et du centre. Mais c’est un Front républicain sans lendemain. Les partis et candidats qui se sont entendus pour empêcher l’élection d’un membre de l’extrême-droite n’ont pas été capables de se retrouver pour construire une majorité alternative. Un Front électoral efficace ne débouche pas forcément sur un Front gouvernemental utile..!!
En 2027, la question se reposera. Comment et avec qui.? Nul ne le sait. Comme du temps de Waldeck-Rousseau en 1899, il faudra faire barrage au RN et à son candidat. On dira qu’il n’appartient pas à l’arc républicain mais il sera autorisé à se présenter. Contradiction pour beaucoup d’électeurs. La moindre des choses est de donner un contenu à cet « arc » en définissant pourquoi le RN en est exclu. Est-ce que ça tient à son programme économique et social.? On le dit démagogique et impossible à mettre en place, mais il n’est pas le seul dans ce cas. Le même qualificatif est accolé au programme des Insoumis..!! Sa politique internationale a des tendresses pour les pouvoirs forts, celui de Poutine à qui Marine Le Pen doit le coup de main pour financer sa campagne électorale et Éric Zemmour a déclaré dans une vidéo le 18 septembre 2018: » Je rèverais d’un Poutine français mais il n’y en a pas ». Donald Trump a aussi ses adeptes mais après tout les dictateurs Hugo Chavez (décédé en 2013) et Nicolas Maduro au Vénézuéla sont les amis de JL Mélenchon qui voulait que la France quitte l’Union européenne pour adhérer à l’Alliance bolivarienne pour les Amériques en s’appuyant sur la présence de la Guyane dans ce continent. Au total, aucune de ces raisons ne permet d’exclure le RN de l’arc républicain.!
Certes il y a un sujet plus sensible qui met en jeu l’avenir de la France. Doit-elle oui ou non rester dans l’Union européenne.? Le 22 avril 2002, interrogé dans la matinale de France-Inter pour savoir quelle première décision il prendrait en cas de victoire, la réponse de JM Le Pen n’a pas été hésitante : sortir de l’Union européenne. Aujourd’hui c’est moins net. Pas question de rétablir le franc et de sortir de l’euro. Le RN ne parle plus de quitter l’Union mais de réduire la contribution financière de la France au budget européen, ce qui est une étape avant de la quitter. Les Insoumis partagent le même objectif en empruntant un autre chemin : désobéir aux traités européens, ce qui conduirait à terme au départ de la France. Mais d’autres figures de l’extrême-droite parlent plus franchement. Ainsi Philippe de Villiers dans son entretien au JDD du 19 octobre 2025 : » Je recommande qu’on réfléchisse au Frexit. Il me paraît aujourd’hui indispensable et même vital ». Difficile d’être plus clair.! À cette voix s’ajoute celle de l’Amérique par Steve Bannon, l’homme qui a orchestré idéologiquement la victoire de Donald Trump en 2016, confirmée en 2024. Dans son entretien au JDD du 21 décembre 2025, il ne cache pas son choix : » Je soutiens pleinement Marine Le Pen si la justice lui donne la possibilité de se présenter. Malgré ses imperfections, je pense qu’elle reste la meilleure option ». Il affirme la même position que le vendéen du Puy du Fou : » La France a besoin d’un Frexit. Une sortie de l’Union européenne retarderait même le risque de guerre civile (qu’il prévoit dans assez peu de temps..). D’ailleurs beaucoup d’islamistes voteraient contre un Frexit, contre une France redevenue indépendante et capable de renvoyer une partie importante des immigrés dans leurs pays d’origine ». Voilà qui est franc et il ne tourne pas autour du pot.! Objectif : une France seule, isolée, sans étrangers, le bonheur selon Bannon et De Villiers, un rêve de Donald Trump. Mais après tout, les Anglais ont bien voté un Brexit et l’extrême-gauche n’aime pas davantage l’Union européenne, cheval de Troie du capitalisme. Là encore, ça ne suffit pas pour être banni de l’arc républicain..
La vraie raison est ailleurs et l’extrême-droite ne cache pas ses intentions. Cette vraie raison est écrite noir sur blanc dans la proposition de loi constitutionnelle du 25 janvier 2024 déposée sur le bureau de l’Assemblée Nationale. Elle dit et autorise à affirmer que le RN s’écarte des principes de notre République .Son titre : » Citoyenne-Identité-Immligration ». La première signataire est Marine Le Pen suivie de tous les membres de son groupe qu’elle préside. Déjà le titre soulève des soupçons mais il faut au moins lire les six pages de l’exposé des motifs pour en mesurer le sens. Car il ne s’agit pas d’une loi ordinaire ni même organique, mais d’un changement complet non seulement de la Constitution de 1958 mais de toutes les Constitutions depuis celle du 3 septembre 1791 adoptée après deux ans de débats intenses au sein de l’Assemblée nationale constituante. Si un tel changement intervenait, les héritiers de Jean Jaurès pour la justice, ceux du Général De Gaulle pour la résistance, ceux de Robert Schuman pour l’Europe devraient s’unir pour faire un nouveau Front.
L’exposé des motifs annonce la couleur : » La présente proposition de loi est le volet constitutionnel du projet de loi référendaire présenté durant la campagne présidentielle de 2022 (et donc reprise avant les élections européennes. ; note de BP) qui devra être soumis au vote des Français le plus tôt possible ». Aucune date n’est fixée mais certains dirigeants évoquent le premier tour des législatives de juin 2027 après une victoire en mai.L’article 11 de la Constitution serait utilisé comme vecteur juridique alors qu’il n’autorise pas une révision constitutionnelle. Mais argument imparable : c’est ce que De Gaulle a fait en 1962 pour le référendum concernant l’élection du Président au suffrage universel. Dans sa conférence de presse du 20 septembre 1962, le Général avait pris soin d’évoquer aussi un autre article pour justifier la procédure utilisée. Il a rappelé l’article 3 toujours en vigueur ; » La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum »..Et le tour fut joué.! Belle recommandation et qui pourrait s’opposer au peuple majoritaire qui viendrait d’élire le candidat ou la candidate d’extrême-droite..??
Le texte s’en prend d’abord à la Cour européenne des Droits de l’Homme que chaque justiciable peut saisir. Le « citoyen Sarkozy » ne s’en est pas privé et il en a tous les droits. Cette possibilité a été permise à la suite d’une décision de Robert Badinter, Garde des Sceaux, en 1982. Retirer ce droit à nos compatriotes c’est affaiblir leurs capacités de défense et donc une régression. Mais on peut s’interroger pour savoir si cette disposition fait sortir de l’arc républicain. Après tout il a fallu attendre 1982.!
C’est surtout l’obsession de l’étranger qui caractérise cette proposition de loi. C’est ce qui relie l’extrême-droite du XXIème siècle à celle du XIXème. D’abord la priorité nationale, mot nouveau qui remplace la préférence nationale mais qui veut dire la même chose. Page 5 de l’exposé des motifs de la loi, il est écrit : » La priorité nationale sera autorisée, notamment dans l’accès à l’emploi dans le secteur privé ou dans le secteur public et dans l’accès au logement social ; elle constituera un droit constitutionnellement invocable. » Il s’agit de tout étranger, en situation régulière comme irrégulière ou bénéficiant du droit d’asille, sans distinguer les personnes de l’Union européenne et les extra-communautaires. À ce jour, dans notre droit, un emploi est attribué sur la base des compétences et de la conformité au profil du poste sans autre distinction. De même un logement social est accordé selon des critères qui tiennent compte du revenu et de la composition de la famille. Pour revenir là-dessus, il faut en effet changer la Constitution. Sans cette révision, une telle mesure serait immédiatement annulée.
Mais le texte va encore plus loin page 6 : » La loi pourra également interdire l’accès à des emplois dans l’administration, dans les entreprises publiques et les personnes morales chargées d’une mission de service public, aux personnes qui possèdent la nationalité d’un autre État ».. Un Français bi-national ne pourra donc pas être fonctionnaire ou contractuel de droit public dans un service de l’Etat, une collectivité locale ou un hôpital. Pas question pour lui de postuler à la Sncf ou à la Ratp, ni même dans une association gestionnaire d’une crèche, d’un ehpad, d’une piscine, d’une cantine scolaire…En plus de la « priorité nationale » il s’agit d’une discrimination à l’égard des Français qui disposent pourtant de la nationalité. Ça rappelle les professions interdites aux juifs dans les années 40. C’est même une forme déguisée de dénaturalisation.
C’est donc la xénophobie introduite dans la Constitution. C’est une disposition qui permet de dire que le RN est sorti de « l’arc républicain ». On peut vouloir sortir de l’Union européenne ou l’affaiblir de l’intérieur, aimer les autocrates de Washington, Moscou ou Pékin, abroger la réforme des retraites, diminuer ou augmenter les impôts et les taxes, réduire ou pas les dépenses publiques, etc..ces sujets relèvent du débat public et sont soumis au vote démocratique des citoyens. La xénophobie dans la Constitution est à combattre sans faiblesse.Il ne s’agit pas d’approuver ou de critiquer le système économique, libéral, néo-libéral ou ultra-libéral. Il ne s’agit pas de changer le régime politique. Celui-ci restera la République. D’ailleurs la dernière phrase de la Constitution est nette : » La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision ». On est donc rassuré mais ce qui compte ce sont les adjectifs qui accompagnent le mot République. L’article premier décrit la notre : » Indivisible, laïque, démocratique et sociale »..Faudrait-il ajouter « discriminatoire » et pourquoi pas « xénophobe ». Le changement qui est en jeu est clair pour 2027 : une majorité de Français veut-elle changer la France, celle de 1789, celle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen adoptée le 26 août 1789 et qui figure dans le bloc de constitutionnalité depuis le 16 juillet 1971. La France est née avant la Révolution mais la République et ses principes sont nés avec elle. Tout cela est la traduction dans le droit de slogans souvent entendus : » On est chez nous », sous-entendu les autres dehors.. » La France aux Français », sous-entendu les étrangers dehors, » Nous sommes les vrais Français », sous-entendus il y a des faux.. plus que la 26ème révision constitutionnelle, ce serait une 2ème « Révolution Nationale »..
Un article parmi d’autres mérite aussi quelques éclaircissements. Page 6, il est écrit : » Le Chef de l’Etat, au même titre qu’il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités, sera chargé de veiller à la sauvegarde de l’identité et du patrimoine de la France ».. Indépendance nationale, c’est la moindre des choses, intégrité du territoire, c’est normal, respect des traités, donc ceux de l’Union européenne, c’est évident..!!, patrimoine ça se comprend mais que vient faire l’identité dans cette affaire.? Qui va écrire ce qu’est l’identité de la France.? Une loi..un décret. ; ? Quels seront les critères à remplir et les cases à cocher.? C’est une phrase dangereuse. Ce n’est pas à l’Etat de définir l’identité de chacun. Nicolas Sarkozy s’y est essayé fin 2009 en lançant l’idée d’un débat sur l’identité en le confiant au Ministère de l’Identité et de l’Immigration et en demandant à chaque préfet d’en assurer l’organisation. La débat est lancé en novembre 2009. En janvier 2010, il tourne court. C’est à la société de débattre de l’identité nationale pas à l’Etat d’en donner une définition. Nicolas Sarkozy aurait dû s’inspirer de l’analyse que Michel Rocard a présenté le 31 janvier 2003 à Naples. Il intervient dans un colloque intitulé « Identités culturelles dans l’espace méditerranéen ». Il est alors Président de la commission culture du Parlement européen : « Je suis d’avis que c’est aux individus à déterminer à quels groupes ils souhaitent appartenir et contribuer et non à l’Etat ou à des institutions qui s’appuient sur l’Etat, d’imposer leurs objectifs de façon bureaucratique et coercitive. Nous croyons fermement au droit de libre choix de tout individu, droit qui est inaliénable et non négociable ».
Il faut se méfier du mauvais usage du mot « identité ». Il véhicule le pire et le meilleur. Mieux vaut s’inspirer d’un fin connaisseur puisqu’il est franco-libanais, Amin Maalouf, Secrétaire perpétuel de l’Académie française. Dans son livre « Les identités meurtrières » (Grasset,1998) il met en garde : « Je dénonce la conception qui réduit l’identité à une seule appartenance, installe les hommes dans une attitude partiale, sectaire, intolérante, dominatrice. À l’inverse mieux vaut concevoir son identité fait d’appartenances multiples »..
Chaque élection présidentielle introduit le thème du changement dans son programme pour capter l’attention des électeurs qui aiment changer pour espérer mieux. Dans plusieurs mois, il ne s’agira pas de changer de Président, de toute façon il est interdit de candidature, ni même de changer de Gouvernement ou de majorité parlementaire. Il s’agira de savoir si une majorité de Français décide de changer la France et de tourner le dos à deux siècles de son histoire..
1 commentaire
Et joyeux anniversaire.
Avec amitié
Guy
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